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Numéro 82

Collectif

DÉCOUVREUR DE MOTS

LES TRAVAUX DE PHILOCRATE BÉ

L’instant même/Musée de la civilisation, Québec, 2000
203 pages
19,95 $

Mais qui est donc ce Philocrate Bé ? « Philocrate Bé ! Philocrate ; de philo : ‘amour’ et kratos : ‘force, puissance, pouvoir’. […] Cet homme portait un nom qui commençait comme un programme de parti politique et se terminait dans le cri du mouton. Béééé ! », s’exclame Anne Legault. « Une grande gigue maigre comme un échalas. Les tifs en chaume, le pif en coupe-papier, les badigoinces en serre-livres. » Un « Nétenolingouiste » venu « renifler dans le vocabulaire » de villageois méfiants, affirme pour sa part Jean-Noël Blanc. « Un homme de lettres, un professeur et un critique, journaliste à ses heures, fils cadet d’une famille parisienne d’intellectuels pourtant très doués pour l’immobilier. »

Grâce à sa belle parlure, « Philocrate Bé ravageait le cœur d’innombrables jeunes francophiles », confie quant à elle Lori Saint-Martin. À dire vrai, il était dans la ligne de mire de l’Académie, qui, selon Nicolas Dickner, voulait « la tête de ce dangereux verbopathe, recherché pour subversion et argotisme ».

Philocrate Bé ? Une bien belle chimère, en vérité, née de l’imagination fertile de francophones heureux de l’être et qui se délectent à admirer « les finesses de notre langue », comme le dit si bellement Claire Martin. S’il m’était permis de néologiser ‘ philocratisons donc… ‘ j’oserais même parler de francophonistes ; car ils jouent de notre langue avec tant de virtuosité jubilatoire qu’on voudrait les ériger en concertistes, ces as de la symphonie déconcertante… À la manière du cadavre exquis des surréalistes, les auteurs ont été conviés par Gilles Pellerin à évoquer la vie du grand homme sans rien savoir des textes des autres participants. Le portrait kaléidoscopique qui en résulte est délicieusement surprenant, même si l’image finale qui nous en reste est peut-être un peu trop contradictoire pour que l’on puisse croire jusqu’au bout au mythique personnage… N’empêche ; une bien belle initiative, un somptueux hommage à notre langue, « cette chose si belle, si précieuse, si douce à l’oreille, si ferme sur la langue, si voluptueuse dans la gorge, si active dans la tête, si exaltante pour le cœur et si efficace pour l’amour ».

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 2 décembre 2014 à 16 h 21