Coulées

Mahigan Lepage

COULÉES

Mémoire d'encrier, Montréal, 2012
100 pages
19,00 $

Auteur et narrateur se prénomment Mahigan. Indice possible d’autofiction, se dit-on. Ce prénom d’origine crie (signifiant loup), alors que le personnage n’a aucune racine amérindienne, laisse supposer également l’anticonformisme des parents. En effet, le jeune couple s’était installé, de même que d’autres citadins, dans un village de la Gaspésie au temps des communes. C’était le monde d’avant pour le petit Mahigan, de l’avant du reflux des familles amies vers les villes, de l’avant la séparation de ses parents. Le monde des souvenirs heureux. Depuis, sa mère est partie vivre à Rimouski, alors qu’avec son père il reste à Saint-François-d’Assise, un village dans la Matapédia. Lepage évoque les espaces comme repères des étapes de sa vie avec les pertes, l’isolement, la solitude, la révolte et enfin le salut. « Patapédia resterait pour moi le nom du deuil du vieux monde d’avant l’explosion ; Outaouais celui des souffrances sourdes de la relégation ; et Saint-Laurent celui enfin d’un premier débouché d’horizon. »

En lisant Coulées, on découvre un poète fait romancier. N’apprend-on pas par ailleurs que Mahigan Lepage fut le lauréat du prix Émile-Nelligan 2011 pour son recueil intitulé Relief ? Dans Coulées, l’œil vif et les émotions contenues du narrateur sont servis par la riche palette d’outils langagiers de l’écrivain qui nous entraîne sur les routes longues, enneigées et désertées. Ces espaces trop vastes pour le jeune qui se sent dépendant du bon vouloir du père pour aller et venir. En apparence soumis et peu revendicatif, le jeune Mahigan n’éprouve pas moins un sentiment de révolte qui l’amènera à l’adolescence à fréquenter des copains désœuvrés au seuil de la délinquance. L’emménagement chez sa mère à Rimouski, que jusque-là il visitait périodiquement en franchissant la longue distance en bus, lui offre les facilités de la ville et par ricochet plus d’autonomie dans ses déplacements, une plus grande socialisation, en plus de mettre fin aux déménagements successifs, source d’insécurité. Puis le cégep, espace de liberté où il goûte au théâtre, à la littérature et même à l’écriture, sera le lieu de l’envolée.

Mahigan Lepage détient un doctorat en littérature et enseigne à l’université. La voix de cet écrivain laisse en soi l’envie de le lire à nouveau.

Publié le 29 mars 2014 à 10 h 46 | Mis à jour le 16 mars 2015 à 9 h 13