Henri Calet, Raymond Guérin

CORRESPONDANCE

1938-1955

Le Dilettante, Paris, 2005
347 pages
49,95 $

Raymond Guérin (1905-1955) et Henri Calet (1904-1956) s’inscrivent dans le courant noir du roman français, tel qu’on le trouve, entre les années trente et cinquante, à travers les récits d’Emmanuel Bove, de Paul Gadenne et d’André Beucler. Comme eux, Guérin et Calet ont laissé des œuvres remarquables, dont le quasi-effacement de la mémoire littéraire contemporaine a de quoi surprendre (Nuit blanche leur a d’ailleurs consacré sa rubrique « Écrivains méconnus du XXe siècle » aux numéros 78 et 88). Correspondance rassemble cent cinquante-quatre lettres échangées de novembre 1938 à septembre 1955, mettant au jour une amitié basée sur l’affection et l’admiration mutuelles. Les deux hommes avaient pourtant des tempéraments bien distincts. Guérin, « épistolier increvable », selon Jean-Paul Kaufmann – il a aussi correspondu avec Jean Giono, Marcel Arland et Jean Grenier -, a la plume agile et dégourdie. Calet se montre plus laconique et pratique : ses lettres sont souvent deux fois moins longues que celles auxquelles elles répondent, mais elles rendent témoignage d’un comparse fidèle, sensible aux ennuis d’argent ou de santé que vit son ami. Les sujets abordés dans les lettres sont nombreux et leur intérêt historique évident. Guérin et Calet traitent de la vie littéraire autour de Jean Paulhan et de la NRF, notamment du temps de sa direction par le « mal-pensant » Pierre Drieu La Rochelle. Ils évoquent la genèse de certains manuscrits, de La fièvre des polders à Monsieur Paul, dans le cas de Calet, et de Quand vient la finjusqu’à Les poulpes, dans celui de Guérin. Les deux écrivains partagent la même indignation devant la montée du fascisme en Europe. Ils commentent la guerre civile espagnole, puis le second conflit mondial, cette « sinistre marmelade », selon « le Grand Dab » (Guérin). On découvre combien les quarante-trois mois de captivité de Guérin chez les Allemands ont « sapé sa vitalité ». On lit de belles pages inspirées par l’amour de Paris ou l’amitié avec Albert Camus et René Étiemble. On apprend que Guérin et Calet ont été d’attentifs et fins lecteurs l’un de l’autre. Calet, s’il était né américain, aurait la même importance qu’Erskine Caldwell, estime Guérin, et celui-ci serait, selon Étiemble, l’égal d’un Truman Capote. C’est dire l’urgence de les (re)découvrir.

Publié le 1 mars 2006 à 15 h 19 | Mis à jour le 7 novembre 2014 à 11 h 27