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NUIT BLANCHE

Robert Major est professeur de littérature québécoise à l’Université d’Ottawa. Dans Convoyages, il nous propose une grappe d’essais dont l’écriture s’échelonne sur quelques années (« plusieurs de ces textes avaient un certain âge et le trahissaient nettement », confesse-t-il, sans entrer dans les détails). L’ouvrage se divise en deux parties d’intérêt inégal. La plus courte, « Prolégomènes », réunit des textes portant sur la langue, sur le statut de marginalité en littérature, ainsi qu’une réflexion enrichissante et toujours d’actualité sur le rôle et l’importance des travaux menés dans le domaine des Lettres, où il plaide pour une recherche « compréhensible ».

La partie portant le titre « Œuvres et auteurs » propose plusieurs relectures d’œuvres québécoises du XIXe et du XXe siècles, et c’est dans cet exercice que Robert Major excelle. D’ailleurs, son Jean Rivard ou l’art de réussir (1992) reste un modèle dans l’art de revisiter une œuvre pour y découvrir quelque chose de neuf. L’auteur offre donc un florilège de textes, certains peu frappants, comme son analyse du rôle de l’ourse dans Jean Rivard d’Antoine Gérin-Lajoie ou encore celle sur les poésies d’Hervé Biron. Mais son « bilan provisoire » du destin d’écrivain de François Hertel illustre pertinemment le sort réservé aux auteurs que l’institution juge de second ordre. Il faut aussi souligner la surprenante (mais pas entièrement convaincante) filiation établie entre Prochain épisode d’Hubert Aquin et Menaud, maître-draveur de Félix-Antoine Savard, ainsi que la lumineuse analyse des sources du poème « Arbres » de Paul-Marie Lapointe.

La passion du professeur et son approche vulgarisatrice compensent les occasionnelles faiblesses stylistiques. Somme toute, un ouvrage qui réussit à maintenir l’intérêt du lecteur et même à surprendre et à séduire par moments.

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