Numéro 94

Ook Chung

CONTES BUTÔ

Boréal, Montréal, 2003
157 pages
18,95 $

Toutes les nouvelles du recueil ont un dénominateur commun, le butô, sans qu’explicitement il soit question de ce type de danse. Toutefois, on retrouve, subtilement, l’esprit du butô dans les histoires racontées par Ook Chung, dont la prose fluide amène des sujets pour le moins originaux. Ces petits contes mettent tous en scène des personnages atypiques, soit par leur physique, soit par les fascinations secrètes qui les animent et qui engendrent de curieux comportements. Telle femme se dévoile dans son amour pour son mari sumo ; une autre, atteinte du syndrome « Gilles de la Tourette », décline ses automatismes psychiques. Pour un enfant vieilli prématurément par une maladie rare, le simple baiser d’une compagne d’hôpital sera l’occasion de s’accorder avec son corps vieillissant. Tel autre ne rencontre l’amour que par son fétichisme des ombres. D’autres encore, à cause d’une situation historique et géographique particulière, se voient accoler l’épithète butô : les stragglers, ces militaires japonais de la Deuxième Guerre mondiale qui ont vécu à l’écart du monde, sans nouvelles de la fin du conflit. Trente ans à l’affût d’une attaque ! Tous ces personnages présentent donc une part d’expérience incompréhensible aux autres humains, mais qu’eux connaissent extraordinairement bien, qui s’exprime dans des modes de vie étranges et fascinants. Cette part d’anormal les rapproche du corps butô qui danse, décalé du mouvement quotidien, fouillant des ressources imaginatives insoupçonnées pour continuer à avancer, simplement.

L’influence orientale sans cliché, les situations parfois farfelues ou fantastiques de ces récits bien ficelés sont le sel de ce livre subtil, aigre-doux. Ook Chung explore le côté sombre des personnages avec une sensibilité lumineuse, sans fioritures et avec beaucoup de justesse. Il présente les replis secrets de ses personnages avec, en prime, le merveilleux de la fin des contes, qui fait sourire même quand une histoire tourne mal.

Publié le 3 mars 2004 à 12 h 55 | Mis à jour le 3 mars 2004 à 12 h 55