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Brina Svit

COCO DIAS ou LA PORTE DORÉE

Gallimard, Paris, 2007
245 pages
33,95 $

« C’est un roman vrai », annonce la Slovène Brina Svit dans la quatrième de couverture de Coco Dias. Née à Ljubljana, vivant à Paris, l’écrivaine publie son troisième livre écrit directement en français, son cinquième roman.

Le double titre déroute. Coco Dias n’annonce guère un danseur de tango et La porte dorée est-elle autre chose qu’une banale station de métro du 12e arrondissement parisien ? L’œuvre réside pourtant dans cette ambiguïté : la relation des multiples personnages avec cette danse lascive, redevenue à la mode. Rencontrée à Paris et à Montréal à l’époque où elle écrivait ce roman, Svit donnait déjà l’image d’une passionnée. Dans Coco Dias, son double confirme : « Je ne sortais pas sans avoir une paire de chaussures de tango avec moi ».

Histoire de tango ou histoire d’un Argentin, danseur de tango ? Ou histoire d’une femme qui découvre l’amour du tango et par le tango ? Roman ou réalité, un pacte est signé entre un maestro et une apprentie danseuse : « Si tu écris sur moi, je t’apprendrai à danser ». Marché conclu. « Prends toute la douceur que tu as en toi et mets-la dans le tango que tu vas danser avec moi. »

À l’aube de la cinquantaine, Brina Svit et son alter ego Valérie Nolo ont besoin d’air frais et vivent de folles aventures entre Paris et Buenos Aires. En veine de ruptures, l’écrivaine Svit-Nolo abandonne aussi Agathe Abakovitc – personnage de son roman en cours – qui vient elle-même de quitter mari et enfants, qui s’interroge sur sa ménopause ou sur les relations hommes-femmes. Véritables poupées russes, les trois identités se confondent et confondent parfois le lecteur.

« Que faut-il à une œuvre pour qu’elle devienne un chef-d’œuvre ? » se demandent-elles devant Les Ménines de Velázquez ? La réponse est difficile. Il en est de même avec Coco. Qu’aurait-il fallu pour que l’on puisse s’abandonner au livre comme les danseurs au tango ? Plus ou moins de mystères ?

Coco – ou Orlando Dias – demeurerait sans doute cet être « banal, prétentieux, sans intérêt » si Svit ne mettait dans sa quête tout son talent de fine observatrice et d’habile raconteuse. Elle réussit d’ailleurs à nous charmer comme elle l’a fait dans Moreno, son autre biographie romancée.

Publié le 17 juin 2008 à 9 h 24 | Mis à jour le 14 février 2015 à 16 h 51