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Numéro 95

José Carlos Somoza

CLARA ET LA PÉNOMBRE

Trad. de l'espagnol par Marianne Million
Actes Sud, Arles, 2003
550 pages
34,95 $

« Les gens meurent de façon atroce autour de nous et cela n’a aucune importance. Mais la mort de cette enfant en a une. Tu sais pourquoi ? Parce que ça, ça – elle agita la photo –, qui a l’apparence d’une enfant, n’est pas une enfant. Elle valait plus de cinquante millions de dollars. » Car Annek, l’adolescente assassinée de façon horrible, était une toile du grand peintre Bruno Van Tysch, un chef-d’œuvre de l’art hyperdramatique.

Dans l’univers hallucinant de Clara et la pénombre, le monde de l’art – comme celui de l’artisanat et de la décoration – est désormais dominé par l’utilisation des êtres humains. Non pas comme modèle, mais bien comme toile. Des jeunes filles surtout, qui sont apprêtées, tendues, esquissées, peintes, manipulées, exposées et vendues. Des jeunes filles prêtes à tout pour être immortalisées par l’art. Mais tandis que Van Tysch prépare sa dernière grande exposition, Rembrandt, dont l’inauguration doit avoir lieu à Amsterdam le jour du 400e anniversaire de naissance du maître du clair-obscur, un désaxé s’en prend aux toiles

Roman de science-fiction regorgeant de détails qui rendent l’univers de l’art hyperdramatique vraisemblable et cohérent ? Métaphore sur la dégénérescence de notre monde où l’argent compte plus que les êtres humains ? Réflexion sur l’obsession contemporaine de la gloire instantanée ? Dénonciation de la domination et de la manipulation exercées par quelques-uns ? Suspense fort bien ficelé où l’auteur nous tient en alerte jusqu’à la dernière page ? Le roman de José Carlos Somoza, psychiatre cubain vivant à Madrid, nous entraîne dans un monde fascinant et horrifiant tout à la fois dont on ne sort pas indemne.

Publié le 16 juin 2004 à 11 h 05 | Mis à jour le 14 février 2015 à 13 h 15