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Numéro 77

Antonine Maillet

CHRONIQUE D’UNE SORCIÈRE DE VENT

Leméac, Montréal, 1999
281 pages
29,95 $

Le millénaire que nous allons bientôt célébrer est pour plusieurs personnes l’occasion de faire une grande croix sur celui qui s’achève. Ce n’est pas de cet œil qu’Antonine Maillet envisage l’avènement de l’an 2000. Au contraire, les années qui passent, cela signifie les anciens qui vieillissent et qui s’éteignent, les uns après les autres, la mémoire remplie de l’histoire de ceux qui restent. Toutes les raconteuses de grande envergure qui ont vu, qui se souviennent, vont être emportées par le temps. Il y a urgence.

Antonine prend l’avion de Montréal à Moncton. Elle est accompagnée de Radi. Radi, c’est l’ombre d’Antonine, la petite fille en elle, celle qui garde toutes les impressions de l’enfance et tous les questionnements aussi. Radi veut savoir. Parfois, elle va trop vite, mais faut la comprendre, c’est une enfant… Toutes deux ont une histoire à se faire raconter, une légende qui a toujours hanté le comté de Kent.

C’est ainsi que nous nous retrouvons au couvent, à écouter Mère Domrémy livrer au compte-gouttes l’histoire d’amour la plus scabreuse qu’ait vécue le triangle Bouctouche, Rogersville et Saint-Norbert : l’histoire de Carlagne et de Yophie.

Il faudra quatre mois à Antonine (elle qui n’était partie que pour trois jours) pour venir à bout de Mère Domrémy et des autres sœurs du couvent. Elles possèdent toutes une bribe de l’histoire dans leur mémoire. Certaines pistes enverront également la défricheuse travailler ailleurs. Il faudra aller poser des questions à l’extérieur du couvent, et ce sans en avoir l’air. Car tout le monde sait bien qu’Antonine Maillet est écrivaine et de ce fait, friande de sujets à romans. Le jeu, c’est de ne pas avoir l’air intéressée tout en enfilant précieusement chaque perle au collier. Délicat…

Enfin, la légende de Carlagne et de Yophie sera à peu près reconstituée et fera l’objet de l’œuvre qui nous intéresse ici. Mais vous le savez, je le sais et Antonine Maillet le sait également : de l’oralité à la littérature, il y a un fossé qu’on ne traverse pas. J’ai bien aimé qu’on me raconte Carlagne et Yophie, mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est entendre leurs noms résonner à mes oreilles. Leur sonorité m’imprègne encore plus que l’histoire.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 26 janvier 2015 à 18 h 06