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Andrée A. Gratton

CHOISIR ÉLÉONORE

Pleine Lune, Lachine, 2015
78 pages
16,95 $

Marianne remarque Éléonore en sortant de l’hôpital où elle travaille. Fascinée par cette apparition « avec sa jupe jaune et courte, et ses chaussures à talon », elle poursuit la jeune femme jusque chez elle dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Un coup de foudre : avant même de lui avoir adressé la parole, Marianne sait qu’elle a trouvé sa meilleure amie. Ou plus précisément : elle est convaincue d’être l’amie dont Éléonore a besoin… sans que celle-ci l’ait aperçue encore.

C’est ainsi que commence ce très court roman. Le lecteur observera Marianne s’enfoncer sans vergogne dans une relation non réciproque, dans un délire où elle est seule à jouer les rôles, à tirer les ficelles et… à faire le ménage. Éléonore (ce n’est pas son véritable prénom), figurante dans sa propre vie, acceptera les services que cette étrange groupie lui rend sans jamais vraiment lui adresser la parole.

Ce premier roman d’Andrée A. Gratton repose sur le sentiment oppressant d’une humiliation imminente. Comme dans Hosanna de Michel Tremblay, notre lecture est tendue dans l’appréhension du moment où la mesquinerie va exploser pour mordre les jarrets de la naïveté. Il est difficile de refuser notre empathie à Marianne malgré sa quête monomaniaque, sans doute parce que derrière ses excès se cachent les faux mouvements de toute relation sans réciprocité. Ce roman est la caricature effrayante de moments que nous connaissons tous : ceux où nous voulons plus que l’autre.

Malheureusement, la tension tombe dans le dernier tiers du récit, qui apparaît moins réussi. L’arrivée d’Éléonore dans le milieu de travail de Marianne nous oblige à réfléchir à la vraisemblance de cette histoire. Les situations abracadabrantes de la première partie laissaient planer le doute quant à l’existence même de cette amie fantasmée, mais les derniers rebondissements nous donnent surtout l’impression d’être en présence d’une vulgaire profiteuse. Ce changement de registre affaiblit l’aspect métaphorique de la quête de Marianne avant que la finale nous replonge dans le doute : fantasme ou cauchemar ?

Publié le 10 avril 2016 à 18 h 35 | Mis à jour le 10 avril 2016 à 18 h 29