Claude Jasmin

CHINOISERIES

VLB, Montréal, 2007
258 pages
25,95 $

Dialogue entre l’auteur enfant et l’auteur vieillissant. Après avoir publié plus de 50 titres, Claude Jasmin adopte avec Chinoiseries une formule qui, sans être innovatrice, est efficace en rythmant les allers-retours dans l’espace et le temps.

L’enfant Claude Jasmin demeure à Villeray, près du marché Jean-Talon, où son père tant aimé tient un magasin de « Thés, Cafés, Épices, Bibelots exotiques ». Quant à l’écrivain de 77 ans, il a délaissé Outremont pour Sainte-Adèle où la vie semble bien le traiter. « La vie est belle, la vie est bonne », malgré les défaillances propres à l’âge. « Maudite vieillesse ! » avoue-t-il. Le médecin atteste : « Profitez bien du temps qui vous reste ».

Le voyage et l’ailleurs passent et repassent dans le roman ou mieux dans l’autobiographie. L’enfant part en tramway pêcher dans le port de Montréal alors que « le vieil homme » va dans la piscine voisine et y revient, ressassant ses souvenirs. Voyages en Chine aussi, ouverture au monde, par la lecture des lettres retrouvées de l’oncle missionnaire. Écrites dans les années 1930-1940, les missives faisaient rêver le petit garçon qui pressentait ne pas devenir un « découvreur, ni un pionnier audacieux, pas même un intrépide reporter ».

Est-ce pour mieux se souvenir que dès la première page l’auteur laisse tomber majuscule et point final, sauf dans les citations ou les lettres de l’exilé ?

Montréal, 1936. L’enfant ne va pas encore à l’école et accompagne son père pour faire les courses. Pendant que l’un fait main basse sur les importations du Chinatown, l’autre découvre la vie et « le port chéri, le quai de l’horloge, le vent, les cargos attachés aux ancres, les marins criards ».

Sainte-Adèle, années 2000. Un vieillard casse tout, tombe, se blesse, devient un danger public au volant de son auto, « éclate soudain en larmes ». Il établit de durs et ô combien réalistes constats : « […] rajeunir, oui – garder la santé – il sait qu’il est trop tard pour lui – faire durer la vie ».

Le voyage de l’enfant s’achève avec la rentrée. « L’été va s’achever, c’est vraiment terminé les excursions au port [ ] à jamais ? » Le voyage du terrible bavard – provocateur, parfois inutilement virulent – qu’est Claude Jasmin se continue et c’est tant mieux.

Publié le 2 décembre 2007 à 16 h 28 | Mis à jour le 11 janvier 2015 à 17 h 41