Geneviève Robitaille

CHEZ MOI

Triptyque, Montréal, 1999
142 pages
17,00 $

Sous-titré « récit », le premier livre de Geneviève Robitaille est présenté de façon insistante par l’éditeur comme ayant un rapport très étroit avec la vérité. L’œuvre est « terriblement autobiographique », affirme en effet la quatrième de couverture, elle a été écrite « avec un souci obsessionnel d’authenticité ». « Tout est vrai », y dit-on encore deux fois. La dédicace et l’exergue initial participent de même de ce discours à véracité arborée.

Chez moi raconte le présent mais surtout le passé de l’auteure-narratrice Geneviève-Marie Robitaille, affectée depuis plusieurs lustres d’arthrite rhumatoïde et de demi-cécité. Maintenant installée dans un appartement donnant sur les plaines d’Abraham, à Québec, l’héroïne fait défiler des souvenirs familiaux de tous ordres, parmi lesquels percent ceux qui se rattachent à la figure aimée du père, mort d’« éthylisme aigu » à 40 ans. Sont rappelées également les années de formation scolaire, les vacances d’été à Montréal ou à Sainte-Luce-sur-Mer, la progression de la maladie, la consultation des spécialistes… D’autres événements externes contribuent aussi à l’authenticité annoncée.

C’est sous le signe de la maturité affective et de l’acceptation lucide d’une situation pour le moins inconfortable que Geneviève Robitaille a choisi de livrer son passé, évitant dès lors le misérabilisme pleurnichard ou la sensiblerie incontrôlée qui auraient pu facilement colorer ces multiples retours en arrière. Plutôt qu’un appel pathétique à la commisération, Chez moi est un hymne à l’existence : « La vie est grande », dit le texte en clôture.

Tout cela est sans doute véridique, comme on tient à en persuader le lecteur. Mais la question est-elle si importante ? Suffit-elle notamment à justifier tous les détails étalés dans le récit avec un réalisme qui donne certes l’illusion du vrai, mais qui rend parfois aussi le livre un peu bavard ? Les amateurs du genre préféreront peut-être s’attarder plutôt à la sereine réflexion qui s’en dégage et goûter le ton poétique adopté, qui permet de transcender la brute réalité.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 8 février 2015 à 21 h 03