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Martine Delvaux

C’EST QUAND LE BONHEUR ?

Héliotrope, Montréal, 2007
158 pages
24,95 $

Le récit de Martine Delvaux, C’est quand le bonheur ?, débute par une confession banale, mais intéressante : n’ayant guère d’imagination, la narratrice n’invente pas, elle tire plutôt ses histoires des notes prises au fil des années à partir des réflexions d’autrui. Écrire devient une entreprise de pillage et un geste de reconnaissance de la créativité des autres. Son récit tourne alors autour d’un grand ami, jamais nommé, mais part essentielle de son identité. D’un côté, on retrouve une narratrice prénommée Martine et professeure d’université, traits qui la renvoient à l’auteure, de l’autre, un copain artiste, libre, aventureux et voyageur, aux pointes d’esprit acérées, aux commentaires déstabilisants, mais à la loyauté amicale sans réserve. Le récit prend forme par les multiples descriptions de l’ami, de sa singularité. S’il existe, en quantité trop importante, des autofictions nombrilistes, ce texte serait plutôt une « alterfiction », le récit de l’autre, de sa prégnance dans une vie affadie sans sa présence. L’ami oriente et rassure, critique et stimule, et le roman trouve sa force dans cette confrontation amicale, marquée par les non-dits, les échanges âpres et les gestes de solidarité parfois puérils, qui néanmoins cimentent leur relation.

Les notes constituent le matériau premier de cet exercice mémoriel, ce qui explique la fragmentation du récit, l’accumulation de détails, la multiplication des souvenirs, autant d’éléments qui visent à présenter sous divers jours l’ami en question. Le risque est alors grand de se confiner à la répétition, à la redite d’épisodes marquants qui reviennent comme des leitmotivs et qui impriment une saveur à la relation. L’emploi de la répétition est concerté, il détermine le rythme du récit, mais il ne génère pas toutes ces teintes émotives et mémorielles que des écrivaines comme Gertrude Stein et Marguerite Duras ont évoquées grâce à cette même stratégie. Au contraire, la répétition ici brise l’élan initial et multiplie les descriptions de l’ami, au point où ce dernier apparaît démultiplié.

Dans un univers aussi égocentrique que le nôtre, de telles biographies fictives d’autrui sont assurément les bienvenues, mais C’est quand le bonheur ? s’essouffle un peu en cours de route peut-être parce que le roman cherche trop à célébrer l’ami, qui ne parvient pas à prendre vie à travers ces notes accumulées.

Publié le 19 mars 2008 à 18 h 54 | Mis à jour le 19 mars 2008 à 18 h 54