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Arlette Fortin

C’EST LA FAUTE AU BONHEUR

VLB, Montréal, 2001
210 pages
21,95 $

C’est la faute au bonheur, Prix Robert Cliche du premier roman 2001, raconte les faits et gestes d’un groupe de marginaux plus ou moins désSuvrés vivant de « bien-être » et d’expédients dans le quartier populaire de Saint-Sauveur à Québec. Le récit met d’abord en scène un ménage à trois formé de Momo, le rêveur, de Pierre, le chanteur, et de Mylène, la diariste : « Deux coqs et une poule », dit cette dernière. « Ensemble, on fait souvent cocorico », continue-t-elle, après avoir affirmé : « Il règne une euphorie totale ici. Et ce n’est pas ma faute […]. Le bonheur m’habite de la tête aux pieds jusqu’à la racine des cheveux […]. C’est pour ça que j’écris tout dans mon cahier. Tout ». Vivent dans l’entourage de ce « tricouple » des personnages affublés de surnoms plutôt que de noms : Bobonne, la « Reine de la guenille », les deux « Jos-Louis », un couple d’homosexuels recycleurs de poubelles, « Petite maman », la mère de Momo, et « Bébé », le nouveau-né du trio. Sont là également le « Proprio » et sa femme, avec leur fille « Petite Survivance » qui, par la progression et les reculs de sa maladie, rythme l’univers à la fois chaleureux, banal et généreux de tous ces hurluberlus sympathiques qui font la joie du quartier, avec leurs activités insolites et colorées.

L’un des intérêts majeurs de ce roman-journal écrit en langage populaire est sans doute l’équilibre toujours fragile réalisé entre le rêve et la réalité, la fantaisie et la vraisemblance. Tous souhaitent par exemple l’achat d’une ferme dans la Beauce et ce rêve incite les protagonistes à l’économie ; mais en même temps on ne s’interdit pas certaines dépenses nécessitées par la naissance de Bébé ou l’anniversaire de Mylène. De même, l’histoire de Zimba, « l’enfant du voyage [qui] part tous les soirs sur un tapis volant à la recherche d’une étoile pour aider les enfants malades à guérir », a pour but, à la fin, d’apprivoiser la mort de Petite Survivance. Il faut aussi faire état des « lubies » paranoïaques de Bobonne, de la « dépression résidentielle » de Mylène, des « tournées de cochonneries » des Jos-Louis, de la « parade » des « retrouvailles » après l’accident du rideau…

Il ne s’agit sans doute pas, en somme, d’un récit transcendant, mais le cliché bien connu, souvent utilisé lors d’un premier roman, prend ici tout son sens : voilà une œuvre prometteuse.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21