Pierre Samson

CATASTROPHES

Les Herbes rouges, Montréal, 2007
226 pages
17,95 $

Quand on confie sa prose à une revue au tirage confidentiel, on devrait pouvoir, compensation minimale, s’amuser un peu. Pour ne pas se juger soi-même comme un raté, on pourrait donc jouer le Christophe Colomb de l’écrit, découvrir une terra incognita littéraire, en décrire les beautés à un public (presque) inexistant. Que cette terra incognita n’existe pas n’importerait que médiocrement. C’est du moins ce que pense Ivanhoé McAllister. Il s’autorise à inventer un auteur totonaque (?) du nom de Taissir Vilchis et à porter aux nues son texte de 511 pages intitulé Sueurs sur le marbre. Pour son grand malheur et notre vif plaisir, voilà que surgit une théseuse roublarde et entêtée qui exige d’en savoir plus long sur l’inexistant auteur. Ce qui s’annonçait comme un canular tourne à la tornade. Ivanhoé s’en tire assez bien, mais au prix de quelques décès sur lesquels le farceur ne verse aucune larme.

Pierre Samson manie la plume comme une rapière. Il secoue le beau monde des simagrées littéraires. Le style est caustique, les allusions agréablement perfides, les vanités pourfendues. Snobinards et salonnardes applaudissent le visiteur français venu réciter du La Fontaine, mais semblent tout ignorer du fabuliste. Et l’on confond Jacques Ferron et Marcel (!) aussi Ferron, sans rien provoquer. Jusqu’à un certain point, la verve de Samson rappelle celle d’un Jacques Perret qui, lui aussi, n’avait nul besoin d’un grand sujet pour accoucher d’un Caporal épinglé ou d’un Vistemboir. Du beau vitriol. Un certain Lulu 1er, aisément reconnaissable, en prend pour son rhume, une certaine Bibliothèque gonfle ou réduit son gabarit sans motif avouable… Une charge d’autant plus efficace qu’elle ne se prend jamais au sérieux.

Certaines coquilles étonnent, surtout dans un bouquin aussi cinglant : « […] les deux hommes, Hubert et Bertillon, ont unis [sic] leurs efforts » ; le conseil grec du gnôthi seauton s’écrit soudainement en trois mots ; l’infinitif latin regnare s’abrège en regnar ; l’artiste Schiele devient Scheile (couverture)… Humour au quatrième degré ? J’aimerais le croire.

Publié le 2 décembre 2007 à 19 h 21 | Mis à jour le 2 décembre 2007 à 19 h 21