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Carnets de homs

Jonathan Littell

CARNETS DE HOMS

Gallimard, Paris, 2012
256 pages
29,95 $

Inspiré par son amie Manon Loizeau, qui tournait un documentaire en Syrie en 2011, Jonathan Littell veut lui aussi « comprendre » l’incommensurable dimension de la cruauté de Bachar al-Assad. Pour des raisons géostratégiques, ce digne héritier des plus sanguinaires dirigeants de la planète n’hésite pas à tuer ceux de son peuple qui tentent de faire obstacle à sa folie.

Rédigé sur le terrain lors de son voyage clandestin éclair en janvier 2012, juste avant que ne soit perpétré le massacre de Homs, ce journal frappe par un mélange subtil de rigueur documentaire et d’impressions subjectives. Par fines touches, Littell fait ressortir certains des enjeux humains de cette situation hétérogène mettant en scène différentes confessions que le régime, soutenu par les alaouites, travaille à mettre en opposition. Ponctuée par l’évocation de ses propres rêves, l’observation est tranchante. Un jeune homme travaillant pour l’Armée syrienne libre, qui combat l’armée régulière (celle des Assad), compte les munitions dans des caisses israéliennes destinées à des chargeurs d’armes russes… Alors que les femmes peuvent être très visibles dans les manifestations des quartiers « libéraux », elles disparaissent dans celles tenues dans les quartiers plus « conservateurs ». L’intérêt de l’être humain l’emportant sur tout, le prix des produits de base et des médicaments a bien sûr augmenté de 100 à 120 %. Les crimes contre l’humanité se multiplient, le gouvernement du pays de Cham pouvant agir en toute impunité. Pour les bourreaux, la torture est devenue un mode de vie : ils ne cherchent pas à obtenir de l’information, ils se contentent d’insulter leurs victimes. Les enfants sont surveillés : on les questionne sur les chaînes de télé qu’écoutent leurs parents. Les activistes (présentés par le régime comme des terroristes) ont beau armer YouTube et Facebook d’images des atrocités, rien n’y fait, l’indifférence est générale, même si les « insurgés », qui ne veulent pas d’un djihad, demandent depuis des mois une intervention de l’OTAN, impossible à cause de la Russie.

Une autre guerre sale, un autre nettoyage ethnique, qui bénéficie non seulement du soutien de la mafia russe de Vladimir Poutine et de quelques autres, mais également de la déroute des démocraties occidentales, chaque jour plus autoritaristes.

Publié le 29 mars 2014 à 7 h 35 | Mis à jour le 29 mars 2014 à 7 h 35