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Numéro 91

Patrick Brisebois

CARCASSES AU CRÉPUSCULE

L'Effet pourpre, Montréal, 2002
80 pages
12,95 $

Remarqué grâce à ses deux romans Que jeunesse trépasse et Trépanés, parus respectivement en 1999 et en 2000, Patrick Brisebois exploite cette fois une autre facette de son talent d’écrivain en publiant un recueil de poésie-réalité, aussi amusant qu’empreint du désarroi qui hante la génération X (« j’ai rien j’ai pas de job j’ai / pas d’ambition j’ai pas de trucs de plans pour le futur / j’ai pas de succès j’ai pas de savoir-vivre de / délicatesse / pas une maudite cenne / mais beaucoup de gentillesse »). Outre la bêtise humaine et les travers du quotidien, ce sont surtout les relations amoureuses qui occupent l’avant-scène de ce recueil : « [D]ans la rue vous voyez votre / ex / marchant main dans la main / avec son nouvel amour / une belle fille superbe / un grand brun mystérieux / et vous vous demandez comment votre / ex / a pu rester si longtemps avec une nullité / fade / telle que vous. / votre reflet dans un miroir : / mal coiffé / l’air malade / les yeux cernés. / vous passerez votre soirée / devant la télévision / et dormirez sur / le divan. / faire le ménage / aller voir la famille / clavarder des heures sur / Internet. / laisser les semaines / et les années tout engloutir. / la fin de sa vie / avec ses / souvenirs comme / les carcasses / d’un charnier » (« Requiem pour les célibataires »). Affectant parfois un pédantisme moqueur, Patrick Brisebois se targue d’être invité à la Foire du livre de Bruxelles, d’être reçu chez la déléguée québécoise en Belgique, de faire parler de lui à la radio, à la télé et dans les journaux et d’obtenir une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec (« J’ai réussi »).

Comparé à Boris Vian et à Charles Bukowski, sans doute pour son indéniable talent de raconteur du quotidien, Patrick Brisebois rompt avec la poésie ringarde et opte pour un style personnel, éclaté et attachant. Même les plus réfractaires au genre y trouveront leur compte ; ses textes sont autant d’instantanés de la vie de tous les jours avec ses hauts et ses bas, ses bonheurs et ses misères. Ne reste qu’à espérer que le jeune écrivain persiste et signe d’autres petits bijoux à l’image de ces jouissives Carcasses au crépuscule.

Publié le 4 août 2003 à 16 h 08 | Mis à jour le 4 juin 2014 à 16 h 34