Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > BRÈVES LITTÉRAIRES, Nº 66

Collectif

BRÈVES LITTÉRAIRES, Nº 66

Brèves littéraires, Montréal, 2004
119 pages
12,95 $

Sans faire officiellement peau neuve, la revue Brèves littéraires nous offre cette fois-ci, outre quelques nouvelles, d’autres modes de concision du texte. Le poème s’impose, fier en sa stature de langues et de voix. Or la joie du genre s’appuie sur une stèle multiple : Roland Giguère, poète de tranchées, a signé ses derniers souffles en août 2003, d’où son inscription dans ce numéro par le biais d’illustrations de sa main et de poèmes de son ami Gaëtan Dostie dont l’un dit l’angle de la quête : « […] il cherchait du gouffre amnésique / la dilution de toute douleur ». Qui a fréquenté l’homme ou l’œuvre sait qu’il n’y avait là nulle illusion, mais seulement la mémoire d’un poète sachant ce qu’il advient de l’humain lorsque, frappé, il persiste à exister dans le réel de la métaphore, dans sa langue.

Voilà pourquoi le fait que les textes de cette livraison soient surtout de poètes s’accorde bien aux thèmes des trois essais venant donner au numéro une facture polémique. Alors que Claire Varin, la directrice, propose sa vision de la situation et de l’avenir du français au Québec en nommant – c’est tout à son honneur – la fragilité de sa propre langue d’écrivaine, inspirée par le portugais du Brésil, José Acquelin énonce en fragments ce qu’il en est de la poésie selon son désir – « Écrire comme si on était mort ou en amour : en toute ignorance » – et Lise Florence Villeneuve, dans une contribution non dépourvue d’humour, s’attaque au marché de la soi-disant création littéraire souvent soutenu, hors institutions, par des gourous peu scrupuleux ne rendant service ni à leurs disciples ni à la littérature. Des textes poétiques, je choisis (puisqu’il le faut) la suite atmosphérique de Louky Bersianik, les coulées de Nadine Ltaif, l’angoisse d’Ana Maria Scherer et les superbes volutes archéologiques de son père-sang. En prose (là aussi, il faut opter), c’est justement l’absence de père qui ouvre dans le texte de Stéphane Chénier la béance de l’exploitation tandis que Pauline Michel estime, elle, le gouffre qu’affrontent les femmes faisant « carrière de mots ».

Bref, un ensemble dynamique qui laisse présager pour Brèves des mouvements de nuits, des promesses de jours.

Publié le 6 octobre 2004 à 16 h 32 | Mis à jour le 2 décembre 2014 à 21 h 46