Marie-Sissi Labrèche

BORDELINE

Boréal, Montréal, 2000
160 pages
19,95 $

Le personnage principal du premier roman de Marie-Sissi Labrèche porte le même nom que son auteure. Si elle est une forte en « baise », elle ne fait néanmoins pas de Borderline un récit érotique, malgré la fréquence des scènes ou des propos à caractère copulatif.

Au plan temporel, le roman transporte le lecteur du présent au passé de Sissi Labrèche avec une régularité de métronome : les chapitres 1, 3, 5, 7 et 9 font en effet progresser l’héroïne-narratrice de 23 à 26 ans tandis que les 2e, 4e, 6e et 8e la font régresser, par analepses (retours en arrière), de 11, à 8, à 7 et enfin à 5 ans. Une telle architecture, dans un roman composé sous forme de tableaux autonomes, apparaîtra sans doute un peu facile et artificielle, mais une autre facette de la syntaxe narrative sauve la mise : le 9e et dernier chapitre constitue la fermeture d’une boucle ouverte au premier, lequel réunit dans une chambre d’hôtel, à Montréal, pour des activités sexuelles, Sissi et son ami Éric, « un petit gros super moche » et peu dégourdi. Mais, alors qu’au début du récit l’attention est portée sur la description détaillée et voyeuse des ébats amoureux du couple, c’est le tragique angoissant et déstabilisateur qui prend le dessus à la fin et qui rend la relation impossible. Entre les deux épisodes, le lecteur apprend que l’héroïne boit beaucoup et ouvre volontiers les jambes au premier venu afin de combler un substantiel problème d’amour, de solitude, de souffrance, de platitude existentielle : confinée dans un univers féminin, Sissi est coincée entre une mère aimante qu’on a internée, et qui s’est suicidée, et une grand-mère revêche qui n’arrête pas de dire des « niaiseries » et de débagouler des propos hargneux contre les hommes. « Mémé » est « le seul lien qui me retient véritablement à cette maudite planète, à cette maudite vie », dira pourtant Sissi.

Le tout se déroule au rythme d’un débit rapide, abondant, et au moyen d’un langage cru, voire vulgaire, où les sacres n’embarrassent pas les acteurs de ce drame dont on doit dire, en fin de compte, qu’il est réussi et prometteur.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 18 janvier 2015 à 9 h 30