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Numéro 106

Michel Tremblay

BONBONS ASSORTIS AU THÉÂTRE

Leméac, Montréal, 2006
105 pages
14,95 $

Cette courte pièce, créée en mars 2006 au Théâtre du Rideau-Vert, aborde le monde de l’enfance, en reprenant sur scène, sous forme de dialogues, quelques extraits d’un recueil de souvenirs et de chroniques au titre similaire, Bonbons assortis (Leméac, 2002). L’action se situe dans les années 1940, dans un quartier populaire de Montréal, au moment où une famille défavorisée cherche en vain un cadeau impressionnant à offrir à la voisine, qui se mariera prochainement. Faute de moyens, on songe à « recycler » un objet superflu de la maison, ce qui éviterait un achat coûteux : le présent sera un « plat à pinottes », devenu un luxueux moutardier, offert pour l’occasion dans une belle boîte provenant d’un magasin réputé. Mais le plan ne se déroulera pas exactement comme prévu… Et pendant que les femmes discutent dans la cuisine, un petit garçon se cache sous la table, épiant les conversations et les chicanes, tentant de donner un sens aux propos codés des femmes, qui se savent écoutées par de jeunes oreilles.

Deux des sept personnages se distinguent par leur importance : d’abord Albertine, toujours très colorée, mais surtout le narrateur, qui circule, invisible, parmi les autres personnages et participe parfois à l’action ; il est tantôt âgé de cinq ans, et par moments conscient de l’effet du passage du temps sur ses souvenirs par lui transformés et embellis. D’ailleurs, les premières pages de la narration constituent en quelque sorte le véritable « art poétique » de Michel Tremblay ; il y explique que les faits véridiques du passé doivent être choisis, filtrés, réinterprétés, afin de devenir le matériau fondamental de la littérature et du spectacle théâtral. En ce sens, la transformation du « plat à pinottes » en moutardier devient ici métaphorique : tout l’art de Michel Tremblay réside précisément dans sa capacité infinie de transfigurer le banal tout en cernant parfaitement l’essence de nos modes de vie. Le personnage de Victoire formule ce dilemne de la création en une seule question : « […] c’est une histoire que tu veux, ou ben la vérité ? » On se reconnaît souvent dans l’univers de Michel Tremblay, et Bonbons assortis au théâtre s’ajoute à cette collection de pièces familiales, mélangeant l’humour et le quotidien, avec une dose de nostalgie.

Publié le 10 mars 2007 à 16 h 39 | Mis à jour le 3 décembre 2014 à 16 h 29