Ian Manook

ASKJA

Albin Michel, Paris, 2019
427 pages
34,95 $

Ian Manook a fasciné ses lecteurs avec ses thrillers de Mongolie, une trilogie dans laquelle le commissaire Yeruldelgger en a ému plus d’un. Une autre trilogie émerge aujourd’hui d’Islande, ce pays de glaces et de volcans. L’inspecteur Kornélius Jakobsson, apparu en 2018 dans Heimaey, revient avec force dans Askja.

Quand le Français Ian Manook – le prolifique journaliste et écrivain Patrick Manoukian – s’attache à un pays, ses habitants, ses légendes, ses us et coutumes, il semble s’attacher profondément et pour toujours. L’auteur connaît bien le système géologique de la petite île nordique et parle avec facilité, sinon désinvolture, de volcans boucliers, de cratères et de cendres. Aucun hasard si le polar porte le titre d’Askja, puisque cet emboîtement de caldeiras, avec un lac en son cœur, pourrait bien être une des scènes de crimes. Mais un doute subsiste.

« – ‘Dans ce cas, où est-elle passée ?’ Le garçon n’ose répéter à Kornélius que c’est pour répondre à cette question qu’il est là. » L’inspecteur aura fort à faire pour dénouer cette intrigue, alors que les cadavres et les témoins disparaissent les uns après les autres, intrigue qui n’est pas sans rappeler le fiasco judiciaire survenu en Islande dans les années 1970. Y aurait-il un lien ?

L’inspecteur Kornélius a des problèmes autant avec sa hiérarchie qu’avec sa propre famille et ses amours évanescentes. Sa mère est morte depuis longtemps et il a rompu tout lien avec son père, comme le fera d’ailleurs sa propre fille Alma, partie vivre en Australie avec sa mère, l’ex-femme du policier. Décidément, rien ne va plus. Les émotions remontent à la surface, au milieu des paysages tourmentés de l’île, des champs de lave, des mousses et des lichens millénaires. « Pourquoi tu ne dis jamais rien à personne, Kornélius ? Rien de tes sentiments, rien de tes peurs, rien de tes angoisses. Tu es comme un mur, Kornélius. »

La justesse et l’à-propos des dialogues permettent de mieux comprendre la personnalité de l’énergique Islandais, surnommé le troll, dont l’enquête vacillante n’est qu’un des nombreux problèmes qu’il aura à résoudre.

Askja, tout comme Heimaey, tient à la fois du guide de voyage et du suspense, ce qui en fait son intérêt pour les mordus de thrillers ethniques. L’humour de Manook et son talent à décrire minutieusement les paysages de cette nature sauvage, ô combien fragile et poétique, font le reste. « Des bulles de lave solidifiées, hautes comme des collines, fendues en leur milieu comme des meringues éventrées sur leurs entrailles noires et creuses… »

Même si Askja est le deuxième tome de la trilogie, il peut se lire avant ou après Heimaey, peu importe, celui-ci contenant par contre la genèse de cette dynamique saga.

Publié le 26 février 2020 à 14 h 58 | Mis à jour le 26 février 2020 à 14 h 58