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Roch Côté

ANTON TCHÉKHOV

UNE VIE ILLUSTRÉE

Fides, Montréal, 2005
175 pages
34,95 $

Si l’on suit l’invite de Roch Côté dans son avant-propos, l’étiquette de « grand reportage » mériterait d’être apposée en couverture de ce volume. Avouons tout de suite qu’il est plus que tentant de céder à l’invitation, vu le dynamisme, l’exhaustivité et la force d’envoûtement émanant de ce livre. Roch Côté se présente en auteur amateur, au sens de celui « qui aime » ; c’est dire qu’il n’a rien du profane. Sa connaissance de l’œuvre et de la vie d’Anton Tchékhov, jointe à une saisie intelligente du contexte dans lequel elles ont baigné – un atout trop rare pour ce type de monographie – font d’Anton Tchékhov, Une vie illustrée une référence obligée à découvrir en sus de l’œuvre (abondante) du dramaturge et nouvelliste russe, lequel ne s’est pas peu fourvoyé en prédisant que plus personne ne le lirait sept ans après sa mort ! Roch Côté nous livre les fruits d’une enquête minutieuse : son commentaire, émaillé de photographies, recrée sous nos yeux l’itinéraire d’Anton, de son enfance dans une ville russe de province, Taganrog, jusqu’à ses dernières années à Yalta. À Taganrog, le port, le théâtre municipal et la steppe étaient les vraies échappatoires du jeune libre-penseur, irréligieux et précocement mûri, bientôt appelé à subvenir aux besoins des siens. La vie de Tchékhov, ce fut évidemment la littérature, d’abord approchée en gagne-pain chez des journaux humoristiques. Ce fut aussi la médecine, vécue dans l’abnégation et la philanthropie, et certaines amitiés marquantes : avec le peintre paysagiste Lévithan ou avec Macha, la dévouée sœur à cause de qui, peut-être, Anton resta célibataire jusqu’à la quarantaine. Le passage consacré aux treize semaines que Tchékhov passa en 1890 dans la colonie pénitentiaire de Sakhaline, en Sibérie, afin d’observer les conditions de vie des forçats, compte parmi les plus inspirés du volume. Roch Côté y voit une grande leçon de journalisme, et c’est peut-être la clef de la symbiose qui l’unit à l’auteur de La mouette, puisque le Montréalais est lui-même reporter. Voyons-y aussi une grande leçon d’humanité, car l’écrivain dont le portrait nous est tracé constitue, à n’en pas douter, un grand esprit, lucide et visionnaire, qui mit sa foi en l’homme contre vents et marées. À quand « une vie illustrée » de Tolstoï ou de Boulgakov ?

Publié le 1 mars 2006 à 16 h 55 | Mis à jour le 18 décembre 2014 à 19 h 31