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Esparbec

AMOUR ET POPOTIN

La Musardine, Paris, 2005
472 pages
37,95 $

Voilà un vaudeville de cul misant moins sur les quiproquos – en effet, tout le monde sait à quoi s’en tenir – que sur l’insoutenable légèreté des mSurs. Prolifique auteur de romans qui ne se lisent que d’une seule main, Esparbec nous offre un roman mélangeant, de son aveu même, le mélo sentimental genre saga provinciale et le cul bas de gamme des romans de gare.

Madame Fernande, épouse du député, engage Victorine, 15 ans. L’une et l’autre ont le diable au corps. Les mânes de Virgile planent sur la maison, ce pour quoi, souvent burlesque, le ridicule des situations laisse parfois échapper un brin de poésie, au point qu’une larme puisse déborder un vagin pour former un fil brillant pendant entre les fesses de la jouisseuse. D’ailleurs, Victorine, narrant sa propre histoire avec une distance ironique, tombe d’emblée d’accord avec l’auteur : putain ancillaire dans l’âme, la folie de son corps exultant domine. « Vénale, cupide et lubrique ! La parfaite boniche. » Or l’investisseuse (elle s’y connaît en capital de risque) « semble » tirer partie de l’humiliation et de l’exploitation, d’autant plus que, figurante « déguisée en servante de fantaisie », elle est suppléée par une Portugaise payée au noir pour les travaux durs. « Invitée » par Mlle Aude, la sœur de la dame de la maison, à exposer son anus, elle ne réfléchit pas longtemps : « C’est comme au poker, si elle veut voir, qu’elle paye ». Les affaires sont les affaires ! L’important est de ne jamais perdre le nord, de ne jamais précéder les désirs.

Cartésienne donc, fausse ingénue, Victorine fait en sorte que ça vienne du maître. Madame Fernande, qui « ne manque pas de méthode », sa fille Edwige, Monsieur Gustave le secrétaire, Léon le vigile et bien d’autres se succèdent au tourniquet de la domination. Tout, ou presque, y passe doucement : des attouchements les plus innocents au voyeurisme, à l’urophilie et à la profanation des morts.

Ce livre en amusera plus d’un, plus d’une. Moi pas. Outre des longueurs parfois navrantes et une complaisance certaine dans le récit, nous assistons encore à la défense et illustration de la misogynie, du viol, de la violence sexuelle, de l’esclavage et de la pédophilie (j’en passe). Nous servira-t-on encore l’argument de la liberté d’expression pour justifier l’oppression et la domination ?

Publié le 25 novembre 2005 à 13 h 58 | Mis à jour le 4 novembre 2014 à 13 h 17