Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > AMERICAN RHAPSODY

Joe Eszterhas

AMERICAN RHAPSODY

Trad. de l'anglais par Bernard Cohen
Albin Michel, Paris, 2001
537 pages
21,95 $

On nous avertissait que ce livre serait l’épopée qui ferait « trembler l’Amérique entière », celle-ci se résumant bien sûr aux terres situées entre Hollywood et Washington…. Je ne sais pas si les Araucans du Chili ou les Netsilik du Nord-Ouest de la presqu’île Adelaïde se sont vraiment régalés des frasques insignifiantes de Bart Clinton (c’est ainsi que mon fils aîné appelle encore l’ex-président des States). Je ne sais pas non plus si Monica a vraiment fait bander les immigrés pakistanais du Surinam, ni si le médiocre Ross Perot a intéressé les planteurs de coca ou les lecteurs de Forbes. Je pense en tout cas que Joe Eszterhas, jadis collaborateur de Rolling Stone, a pondu 500 laborieuses pages – supposées hilarantes – destinées aux fans de la défunte série MASH ainsi qu’aux abonnés de Vanity Fair ou du Lundi et qu’il aurait mieux fait de s’en tenir à écrire ses scénarios de films qui ne passeront certes pas à l’histoire (entre autres Music Box, Basic Instinct et Showgirls).

Dans ce roman qui s’étend et s’étend, rien ne manque pour faire un bon produit : drogue, sexe (si peu en fait…), cash (beaucoup…), chars, opportunisme, mégalomanie, histrionisme, psychopathie, manipulation, tout cela à la sauce Elvis Presley-Walt Whitman. Bref, un ostie d’show drabe, aussi jouissif que l’exécution récente de notre beau Timothy McVeigh (ses yeux n’ont-ils pas la même flamme passionnée que ceux de Mel Gibson ?).

Quoi qu’il en soit, je ne voudrais surtout pas passer pour un outrecuidant. Malgré son manque élémentaire de talent et sa courte imagination à la Star Wars, l’auteur d’origine magyare démontre à son corps défendant la théorie (déployée jadis par Jean Racine) selon laquelle quiconque détient le pouvoir en est inévitablement l’otage, qu’il soit le « premier président Noir des États-Unis » (dixit Toni Morrison) ou Ferdinand Marcos. Comprend-on pourquoi le verbe diriger a pour synonyme le verbe mentir ? Cynisme ou infamie ? Oui ! Peut-être eût-il fallu, pour que la transparence ne devienne pas l’arme des pauvres, que l’espace généreusement ouvert par les sixties ne se soit pas transformé en New Age, que les apôtres de la contre-culture ne se convertissent pas au Viagra. J’ai lu la semaine dernière que Sharon Stone venait de demander le divorce au conjoint de ses rêves et il paraît que Sa Sainteté le Dalaï-Lama se refuse au cunnilingus…

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 25 décembre 2014 à 5 h 06