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Numéro 79

Hector De Saint-Denys Garneau

ACCUEIL ET AUTRES POÈMES

Les herbes rouges, Montréal, 1999
100 pages
12,95 $

Dans l’épilogue de L’amour du pauvre, Jean Larose plaçait la poésie de Saint-Denys Garneau dans une solitude telle qu’elle l’isolait en quelque sorte de l’humanité, s’adossait à elle pour la refuser et en faire ainsi le lieu de son inscription ultime. Comment cela était-il possible ? Par un doute majeur, un doute quant à la légitimité de la signification : « Car il avait perdu, irrémédiablement perdu foi en la valeur du symbole. » D’où la question de Jean Larose, terrible et provocatrice dans sa force politique : « À quelle fidélité s’obstinait donc sa fameuse et bien complaisante ‘ pauvreté d’être ’ ? » Dans cette perspective, on comprend que le critique s’oppose à l’idée encore répandue selon laquelle le « philosophe » de Regards et jeux dans l’espace serait précisément le « symbole » de l’aliénation québécoise. Quiconque relit en effet des textes comme « Nous ne sommes pas », « Accueil » ou « Accompagnement » voit bien à quel point le repli qu’ils expriment est incommensurable avec l’enthousiasme ou la défection du collectif.

Paul-Chanel Malenfant, dans la présentation de ce recueil réunissant un peu plus d’une cinquantaine de poèmes, développe un tout autre point de vue. Il s’agit en effet de dépasser le manque, l’inachèvement, la méfiance à l’égard du poétique pour entendre une harmonie englobante : « Le poème de Garneau serait ainsi cette forme oxymorique et cumulative de tous les possibles du langage. S’y exerceraient simultanément la faveur d’un style direct qui va droit au but du message, les tâtonnements occasionnels de la parole argumentaire ou confidentielle, enfin les chatoiements de l’éloquence musicale. » Or, cette énergie de réunification, voire de multiplication, alimente à la fois le regard de l’autre et l’échec de la rencontre. Quand je lis ces vers de «Monde irrémédiablement désert » : « Où sont les ponts les chemins les portes / Les paroles ne portent pas / La voix ne porte pas », je crois voir le vide se tisser devant moi et pourtant… la perte même, emprisonnée dans le futur de la langue plurielle, annonce le lendemain d’une communauté impossible.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 19 décembre 2014 à 19 h 01