Accueil > Commentaires de lecture > Essai > À QUOI SERT LA LITTÉRATURE ?

Numéro 79

David Denby

À QUOI SERT LA LITTÉRATURE ?

Trad. de l'américain par Pierre Emmanuel Dauzat
Robert Laffont, Paris, 1999
502 pages
39,95 $

À 48 ans, las du « bourbier des médias » et curieux de la réalité de l’enseignement supérieur, David Denby, journaliste américain, critique de cinéma au New York Magazine , décide de retourner à l’Université Columbia de New York pour y suivre deux cours : l’un de lettres classiques, l’autre de civilisation contemporaine. Trente ans après, il retrouve les mêmes enseignants, relit et redécouvre les auteurs au programme en première année et nous livre ses sentiments.

Publié aux États Unis en 1997 sous le titre Great Books : my Adventures with Homer, Rousseau, Woolf, and other Indestructible Writers of the Western World , l’ouvrage peut se lire de différentes manières : comme l’introspection d’un Juif américain qui se présente comme un libéral appartenant aux classes moyennes, comme une ethnologie de la lecture chez les étudiants et les enseignants de Columbia, et comme le commentaire de quelques « classiques » de la littérature occidentale, dont l’auteur donne de larges extraits.

D’Homère à Virginia Woolf, en passant par saint Augustin, Shakespeare, Nietzsche, Conrad, Marx ou Jane Austen, 29 auteurs sont présentés de façon chronologique. C’est chaque fois l’occasion d’un retour sur la société américaine contemporaine. Sur un ton à la fois sérieux et drôle, mêlant des moments de vie privée aux récits des débats entre professeurs et étudiants, David Denby parle d’éducation avec Platon, de violence sexuelle avec Simone de Beauvoir, de liberté avec Jean-Jacques Rousseau, de rectitude politique avec Boccace, ou encore de délinquance juvénile avec Hobbes. L’auteur s’est laissé prendre au jeu de la lecture et s’en réjouit : voilà que pour la première fois, les « grands textes » de littérature et de philosophie sont véritablement entrés dans sa vie quotidienne, modifiant définitivement sa vision du monde.

Bon. On peut se demander si la démonstration méritait 500 pages et l’on a beau savoir, dès le début, que le point de vue est volontairement égocentrique, on ne peut s’empêcher, par moments, de trouver l’exercice un peu long ; en particulier lorsque les commentaires tiennent davantage — l’auteur le dit lui-même — « du show biz que de la philo », ou encore lorsque David Denby évoque de façon prudente, voire ambiguë, « l’occidentalocentrisme » des programmes de Columbia dénoncé par certains étudiants.

Bref, un livre à lire une fois, mais pas deux.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 20 décembre 2014 à 17 h 47