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Guy Bélizaire

À L’OMBRE DES ÉRABLES ET DES PALMIERS

L’Interligne, Ottawa, 2018
122 pages
19,95 $

L’expérience de l’exil commence par le départ, ce voyage vers l’inconnu qui, parfois, peut ressembler à la mort. Il est un fait que beaucoup d’immigrants ne souhaitent pas l’exil. Il leur est parfois imposé, étrangement pour sauver leur vie. Mais qu’ils le souhaitent ou pas, c’est une expérience où quotidiennement se heurtent espoirs et déceptions.

Cela peut paraître évident, mais la première découverte de l’immigrant lorsqu’il arrive en terre d’accueil est qu’il est différent. Différent par sa langue, son accent, ses mœurs, ses croyances ou par la couleur de sa peau. C’est le cas, entre autres, des immigrants haïtiens que nous rencontrons dans les récits de Guy Bélizaire, évoquant une vie à la fois dans un ici et dans un ailleurs. Le choc de cette découverte est qu’en plus d’être perçu comme différent, l’immigrant en arrive à se sentir, lui-même, différent. Cela le rend sensible au regard de l’autre. Il se croit trop souvent repoussé et réagit quelquefois en conséquence. Peut-être aurait-il préféré ne pas être vu. Mais non, il n’apprécie pas non plus le regard de l’autre lorsqu’il est indifférent. La vérité est que flânant dans sa nouvelle ville, il recherche l’autre, mais comment outrepasser les différences ? À cause d’elles, il craint que le moindre geste soit mésinterprété, la moindre intention mal comprise. Alors il reste seul et se laisse envahir par la nostalgie.

Avec le temps, et c’est le cas de Guy Bélizaire, il ressent la nécessité de rapporter des souvenirs ou des événements auxquels il a assisté en témoin, ou qu’il a vécus en acteur principal.

Bélizaire le fait dans les quatorze nouvelles de ce recueil rédigé dans un langage familier, sincère, ce qui les rend crédibles. Si la situation semble, à quelques reprises, extrême, c’est qu’il s’agit de reconstructions de faits à partir de fragments de sa mémoire. On comprend alors que cette manière de recréer un passé est évidemment fonction d’un présent, d’une volonté de l’auteur de faire voir différemment l’immigrant, un être humain somme toute pas tellement différent.

Publié le 22 juin 2018 à 13 h 33 | Mis à jour le 29 juin 2018 à 9 h 56