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Numéro 93

André Maurois

À LA RECHERCHE DE MARCEL PROUST

Mémoire du Livre, Paris, 2003
397 pages
44,95 $

Bien des publications ont été consacrées à Marcel Proust et à son œuvre depuis la parution en 1949 de l’ouvrage d’André Maurois. En avant-propos à sa volumineuse biographie de Proust, Jean-Yves Tadié dit regretter que l’on ait oublié celle d’André Maurois, « si juste de ton ». On vient de la tirer de l’oubli et c’est heureux ; l’essayiste s’y montre un observateur perspicace tant de l’homme que de son imposant roman. De la vie de Proust et de ses traits de caractère, le biographe retient ce qui permet de faire comprendre la naissance et l’évolution de la vocation d’écrivain. Le portrait, aussi lucide que déférent, se réfère à des témoignages de contemporains de Proust et à des documents alors inédits, tels les lettres à sa famille et ses nombreux Carnets et Cahiers dont a hérité sa nièce, madame Gérard Mante-Proust, à qui André Maurois dédie son livre.

Avec la composante biographique, à laquelle se greffent les considérations sociales et politiques qu’a habilement transposées Proust dans À la recherche du temps perdu, s’imbrique une étude du roman, remarquable d’intelligence dans sa relative concision. André Maurois fait clairement ressortir les thèmes, le plan, les moyens techniques et la philosophie de l’écrivain en ayant toujours soin d’appuyer ses dires d’exemples et de témoignages probants. Le thème de la passion amoureuse, si présent dans l’œuvre, fait l’objet d’une attention particulière : tout un chapitre traite des « passions de l’amour », de l’amour naissant aux intermittences du cœur, en passant par la souffrance et la jalousie, jusqu’à l’inversion et ses effets dans le roman et, finalement, à la grandeur de l’amour. L’humour proustien reçoit aussi sa part d’éclairage ; l’auteur en analyse les ressorts et montre comment le romancier se rend à la limite du comique avec les monstres auxquels appartient le personnage de Charlus.

L’essayiste ne se départit pas du ton objectif ; l’admiration qu’il voue au grand écrivain est toute contenue dans sa compréhension fine d’À la recherche et dans sa considération pour le courage et la détermination de l’auteur qui, malade et claustré, a lutté avec le temps pour mener à terme l’œuvre de sa vie. Aussi, le lecteur de Proust désireux d’approfondir sa lecture trouvera-t-il dans À la recherche de Marcel Proust d’André Maurois un adjuvant agréable et efficace.

Publié le 10 décembre 2003 à 10 h 12 | Mis à jour le 10 décembre 2003 à 10 h 12