Numéro 109

Diana Evans

26A

Trad. de l'anglais par Mona de Pracontal
Robert Laffont, Paris, 2007
372 pages
29,95 $

Comment être soi-même, unique et singulière, quand on évolue depuis toujours – et même avant sa naissance – avec une sœur identique ? Le sort d’Ode et Onia, les jumelles mythiques de la légende nigériane, est-il celui qui attend Georgia et Bessi ? Nées d’un père britannique, Aubrey, venu travailler au Nigeria quelques années pour tenter de s’extirper de la trop grande sollicitude de sa mère, et d’une mère nigériane, Ida Tokhokho, ayant fui son village natal en pleine nuit pour échapper à un mariage arrangé, les jumelles Hunter ont fait leur royaume du grenier – le 26a – de la maison de l’avenue Waifer à Londres. Un royaume où elles imaginent leur avenir et l’empire commercial qu’elles bâtiront grâce à la vente des flapjacks aux saveurs étonnantes qu’elles ont mis au point. Mais les rêves des petites métisses ne cesseront de se heurter à la réalité. Le père se transforme fréquemment en Mr. Hyde après plusieurs verres de whisky. La mère bavarde dans sa langue maternelle avec sa mère imaginaire et noie son mal du pays en passant chaque jour trois heures dans son bain. Bel, la sœur aînée qui quitte la maison après s’être retrouvée enceinte encore adolescente, fait des rêves prémonitoires et lit les lignes de la main. Kemy, la plus jeune, tente tant bien que mal de devenir la « troisième jumelle ». Le retour au Nigeria et la rencontre des grands-parents maternels font naître des cauchemars qui peupleront les nuits de Georgia qui, peu à peu, sombrera dans un monde où elle ne trouvera plus sa place. Et tandis que les jumelles apprennent le détachement, Michael Jackson fait danser la planète sur l’air de Thriller et la princesse Di épouse son prince, divorce, alimente la presse à scandales et meurt à Paris dans un accident de voiture.

Récipiendaire du prix Orange du premier roman, Diana Evans propose avec 26a une fiction – largement inspirée de sa propre histoire comme elle le mentionne dans plusieurs entrevues – où s’entremêlent réalité, onirisme, légendes nigérianes et atmosphère multiculturelle du Londres des banlieues. Une façon nouvelle, fraîche, sans cliché, d’aborder les thèmes de la gémellité, de l’identité et du métissage. Voilà sans doute les raisons qui ont amené les médias d’outre-Atlantique à couvrir d’éloges l’auteure et son œuvre. Serait-ce la traduction si souvent agaçante – les « il assure », « ça craint » et autres expressions du vocabulaire français top cool de l’heure – et maladroite – par exemple, le terme « bout » qui coiffe les différentes parties ne sonne pas très juste – qui empêche le lecteur de vraiment plonger au cœur de ce fort bon premier roman et d’en apprécier toute la finesse ?

Publié le 2 décembre 2007 à 15 h 39 | Mis à jour le 25 décembre 2014 à 5 h 15