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Numéro 88

Hélène Gaudreau, François Ouellet

100 ROMANS FRANÇAIS QU’IL FAUT LIRE

Nota bene, Québec, 2002
315 pages
13,95 $

La formule pique autant la curiosité que le projet paraît ambitieux, voire audacieux. Pourquoi cent ? Pourquoi ces cent-là ? Et surtout, pourquoi faut-il les lire ? Parfaitement conscients de cette contrainte de départ, et du fait que le projet puisse être réduit à une entreprise de goût personnel, une liste de titres en valant bien une autre, les auteurs de cette anthologie, Hélène Gaudreau et François Ouellet, ont avant tout cherché à enfiler chronologiquement cent titres dont l’addition illustrerait l’évolution du roman français du Moyen Âge au vingtième siècle. Et le résultat se présente comme une tapisserie dont on ne peut, après avoir porté attention à chaque détail, qu’admirer l’unité d’ensemble. Voilà pour l’ambition. Et, loin de renoncer à la part de subjectivité qui anime de tels projets, les auteurs ont plutôt cherché à retracer, de Perceval ou le conte du Graal de Chrétien de Troyes à Sa femme d’Emmanuèle Bernheim, les étapes, les influences et les multiples transformations qu’a connues le genre romanesque français autant à partir des romans qu’ils affectionnent que, pour diverses raisons qui nous sont chaque fois judicieusement rappelées, de ceux qu’il faut bien considérer comme des classiques. Voilà pour l’audace.

Il résulte de l’entreprise une anthologie des plus intéressantes et des plus agréables à lire. Une fois réglée l’épineuse question des choix, les auteurs ont mis l’accent sur les œuvres elles-mêmes et mis en lumière l’intérêt qu’elles représentent autant dans la perspective de l’évolution du genre que dans celle, qui n’est pas la moindre pour le lecteur d’aujourd’hui, du plaisir qui demeure à les lire. Du roman en vers jusqu’à la forme davantage introspective et psychologique que nous connaissons aujourd’hui, se profile peu à peu l’évolution du genre au cours des cinq derniers siècles : roman comique, picaresque, épistolaire, libertin, exotique, réaliste, pour ne nommer que ces derniers. Sans jamais sacrifier à la sobriété d’une présentation qui en rend la lecture aussi agréable qu’instructive, c’est l’histoire du genre romanesque français qui se dessine, l’évolution des techniques narratives annonçant à leur tour l’évolution des sensibilités, l’émergence de la multiplicité des voix et des formes qui, du symbolisme à l’écriture blanche, nous auront donné à lire plus que des œuvres, l’illustration de l’évolution de la sensibilité occidentale. « L’évolution des formes romanesques, soulignent à fort juste titre les auteurs en traitant de l’apport de Marcel Proust au genre, se construit par l’avancée de nouvelles perspectives qui participent d’une cohérence historique qu’il importe toujours de saisir. »

À cette cohérence historique s’ajoutent la constance d’une présentation qui va bien au-delà du simple résumé, et une complicité évidente de ton et de point de vue. À fréquenter aussi assidûment autant de romanciers, Hélène Gaudreau et François Ouellet ont fini, autant par mimétisme que par goût du travail bien fait, par construire une œuvre qui se lit comme un roman !

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 8 novembre 2014 à 11 h 28