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Claude Péloquin

Claude Péloquin

DU « VOYANT » AU POÈTES DES ENTREPRISES

Votre solitude volcanique des dedans vous tue par la mort.
Claude Péloquin, Sur l’îlot de Cupidon

Claude Péloquin, que l’on a qualifié de « Bukowski nord-américain », a derrière lui quarante années d’écriture et de créations diverses (scénarios, films, albums, etc.) projetées à grands cris, et cela, à partir de son premier recueil, Jéricho (Alouette, 1963), parrainé par Michel Chartrand.

On l’a surtout connu, à l’origine, pour la célèbre chanson « Lindbergh » (1968), interprétée avec brio par Robert Charlebois. Et, plus tard, au tout début des années 1970, avec cette phrase : « Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves ? C’est assez ! », inscrite à jamais dans la murale de Jordi Bonet du Grand Théâtre de Québec. Celle-ci a suscité la polémique que l’on connaît – surtout avec l’écrivain Roger Lemelin. Dans le journal La Presse du 9 mars 1971, Pélo a écrit, en réponse à certains arguments de Lemelin jugés réactionnaires : « Des multitudes d’hommes se font manipuler et parce qu’ils en arrivent à croire que tout est sale ils se laissent crever dans leur corps et dans leur esprit. S’il y en a qui ne sont pas écœurés, moi je le suis ». On peut lire cette riposte dans un ouvrage paru en 2007, Cœur Everest1.

Notre « philopoète », auteur de 30 recueils de poésie plus décapants les uns que les autres, ce « voyant », « visionnaire », poète « maudit » ou maudit poète, explore toujours l’« inhumaine condition » qui est la nôtre : il ira même jusqu’à dénoncer la « vie sur terre » pour les mensonges et les faux-semblants qu’elle nous jette à la figure. C’est ainsi qu’il écrit dans Sur l’îlot de Cupidon2 : « Quand j’écris qu’il n’y a rien – je parle précisément de ce que nous sommes – de ce que nous vivons – de ce que nous croyons voir. Je parle du réel inexistant – du rêve total où nous sommes plongés. Il n’est pas question du néant ou de l’après-mort ou du gouffre. Ceci n’a aucune importance. Je dis qu’il n’y a rien et que nous ne sommes pas là. Il n’y a pas de réel et ni de là ».

Curieusement, au début des années 2000, Pélo a surtout écrit pour de grandes entreprises québécoises tels le Cirque du Soleil (2005), le Groupe St-Hubert (2005), le Fonds de solidarité FTQ (2006) et bien d’autres Et cela, tout en conservant son âme, son tranchant, qu’il nous écrive du cœur des Caraïbes ou des confins de l’Arctique. Ce n’est pas pour rien que Roger Lemelin a dit du personnage : « Suis passé du sourire étonné à l’émotion émerveillée, comme si je découvrais en ce Péloquin inattendu un enfant resté pur malgré ses blasphèmes, un enfant à genoux, réclamant la lumière ». Que dire de plus ? On parlera, en conséquence, du Cadeau3, ouvrage de Claude Péloquin – en collaboration avec l’artiste autodidacte Zilon, qui poursuit depuis 1983 une pratique de l’art visuel axée sur la multidisciplinarité – alliant l’écriture et l’art visuel. Cet ouvrage fut offert, initialement, à Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil. Les mots de Péloquin et les images de Zilon s’y rencontrent adroitement, se fondent pour donner une œuvre organique et très créative par la grande liberté d’esprit qu’elle dégage. On sait que Péloquin avait déjà intégré de ses « textes-poèmes » aux lithographies d’Henri Masson ainsi qu’à certaines œuvres d’Alfred Pellan.

Claude Péloquin a, quelque part, écrit que « la poésie a emporté [s]es esprits et [s]a vie » On ne peut douter de cela, qu’il soit « possédé de poésie » !

 


1. Claude Péloquin, Cœur Everest, Lanctôt, Montréal, 2007, 132 p. ; 24,95 $.
2. Claude Péloquin, Sur l’îlot de Cupidon, Lanctôt, Montréal, 2007, 175 p. ; 14,95 $.
3. Claude Péloquin et Zilon, Le cadeau, Michel Brûlé, Montréal, 2008, non paginé ; 29,95 $.

Claude Péloquin a publié, entre autres :
Jéricho (poèmes), Alouette, 1963 ; Les essais rouges, Alouette, 1964 ; Calorifère, poème mobile, Presses Sociales, 1965 ; Manifeste infra, suivi des Émissions parallèles, L’Hexagone, 1967 ; Pour la grandeur de l’homme, L’Homme, 1971 ; Mets tes raquettes, roman, La Presse, 1972 ; Les chômeurs de la mort, Mainmise, 1974 ; Ballade d’Abitibi ou Une histoire d’amour, M. Nantel, 1974 ; Une plongée dans mon essentiel, Amuses crânes, 1974 ; Éternellement vôtre, Le Jour, 1974 ; Entrée en matière, Éternité, 1976 ; Péloquin, le premier tiers, œuvres complètes (1942-1975), Beauchemin, 1976 ; Inoxydables, Beauchemin, 1977 ; L’autopsie merveilleuse, Beauchemin, 1979 ; Une plongée dans mon essentiel, HMH, 1982 et Guernica, 1985 ; La paix et la folie, Leméac, 1985 ; L’ouragan doux, Éternitextes 1970-1990, Leméac, 1990 ; Les mers détroublées, Poésies et textes, 1963-1969, Guernica, 1993 ; Dix doigts sur le rail, Leméac, 1993 ; Les saints innocents, Silence, 1996 ; Le flambant nu, Leméac, 1998 ; Dans les griffes du Messie, œuvres, 1970-1979, Varia, 1998 ; Tranches de porc, Silence, 1998 ; Pellucid waters, selected poems, Guernica, 1998 ; Une plongée dans mon essentiel suivi de Les décavernés, Varia, 2000 ; Sur l’îlot de Cupidon, Lanctôt, 2007 ; Cœur Everest, Lanctôt, 2007 ; Le cadeau, avec Zilon, Michel Brûlé, 2008 ; Nipi, Poème pour ceux qui veulent rester sur Terre, Transit, 2009.

Pour en savoir plus, on lira : Claude Péloquin, Une plongée dans mon essentiel, Guernica, 1985 ; Claude Péloquin, Le flambant nu, Leméac/Actes Sud,1998.

 

 

Publié le 20 novembre 2010 à 15 h 47 | Mis à jour le 28 novembre 2018 à 9 h 51