Reinaldo Arenas, Guillermo Cabrera Infante, André Carpentier, Patrick Chamoiseau, Maryse Condé, Raphaël Confiant, Édouard Glissant, José Lezama Lima, Ernest Pépin, Severo Sarduy, Zoé Valdés

Les absents…

Il était difficile, dans le panorama que nous avons tenté de dresser des littératures des Amériques, de passer sous silence ceux dont les pays, pour des raisons diverses, ne participeront pas au Sommet des Amériques. Il s’agit en premier lieu de Cuba, qui, suite à une résolution prise lors de la 8e réunion de consultation des ministres des Affaires étrangères (1962), est exclu de toute participation à l’OEA ; et des Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe), départements d’un État non américain, la France.


CUBA

Au lendemain de la révolution cubaine, de nombreux intellectuels et artistes occidentaux, à la suite d’Ernest Hemingway, ami de Fidel Castro, se sont rendus à La Havane, Cuba figurant alors l’archétype d’un régime où les barrières de classe n’entravaient plus la liberté intellectuelle. Tentation d’autant plus grande que certains des plus célèbres écrivains cubains (Alejo Carpentier et José Lezama Lima par exemple), ainsi que le poète Nicolás Guillén, soutenaient le régime castriste. Le prestigieux Prix Casa de las Americas devint une consécration recherchée. D’autres auteurs cubains choisirent néanmoins l’exil, tels Guillermo Cabrera Infante, Reinaldo Arenas, Severo Sarduy ou encore Zoé Valdés.

Depuis 1959, on peut ainsi définir deux « écoles » littéraires majeures, quasi antithétiques : celle de la Révolution, officiellement reconnue par le régime castriste, d’une part ; celle de l’exil d’autre part, dont l’une des plus imposantes figures est Guillermo Cabrera Infante qui a acquis la nationalité britannique.

La Casa de las Americas

Mensuel cubain créé en 1964, publié par l’association culturelle homonyme qui comptait à l’origine des collaborateurs majoritairement cubains, La Casa de Las Americas a d’abord publié des textes littéraires, avant de s’ouvrir à des auteurs non hispanophones et de se consacrer plus largement à l’esthétique, à la philosophie et aux sujets politiques.

Le Prix du même nom, fondé en 1960, couronne une fois par an recueils de nouvelles, œuvres poétiques, dramatiques, essais, études littéraires, qui traitent de thèmes latino-américains. Parmi les lauréats, citons entre autres Roberto Sosa, Claribel Alegria, Roque Dalton, Anthony Phelps.


ANTILLES FRANÇAISES

La Martinique et la Guadeloupe, deux départements français de la zone antillaise, ont donné naissance à des écrivains majeurs, têtes de file et représentants de la créolité.

Si Saint-John Perse et Aimé Césaire, bien sûr, sont parmi les auteurs antillais les plus souvent cités, on pensera aussi à cette nouvelle génération d’écrivains dont on parle abondamment : Patrick Chamoiseau qui reçut le Prix Goncourt pour Texaco en 1992, ainsi qu’Édouard Glissant, Raphaël Confiant, Maryse Condé ou encore Ernest Pépin.

À lire : Éloge de la créolité, par Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau, Gallimard-Presses universitaires créoles, 1989.

Voir aussi : « Patrick Chamoiseau, L’imaginaire de la diversité », entrevue par Michel Peterson, no 54, décembre 1993, janvier-février 1994 et Spécial 15e anniversaire, no 69, hiver 1997 ; « Un monde à plat ? La négritude à l’épreuve de la créolisation », par Michel Peterson, , p. 46-49 ; « L’odeur de la mère », entretien avec Maryse Condé, par Michel Peterson, -2000.

« Maryse Condé est aujourd’hui partout. Récemment, elle participait au colloque Afro-Caribbean Connections, organisé par le département des langues modernes du Borough of Manhattan Community College. On y présentait des exposés autant sur les discours féministes cubains que sur le mambo et le vaudou, le tout agrémenté de dégustations de plats caribéens. Tout n’est-il pas désormais dans tout, pour le meilleur et pour le pire, mais surtout selon les diktats des apôtres de la mondialisation de l’économie sauvage, c’est-à-dire de la dénégation de l’histoire et de la croissance du déficit humain ?

Il est heureux, dans un contexte où les littératures antillaises offrent, avec quelques autres littératures dites locales ou périphériques, un champ d’écritures et de parlures ouvrant de façon inédite les frontières de l’humanité, que soit réimprimé La vie scélérate1, ce vaste roman familial publié la même année que Traversée de la mangrove et qui perce le coffre aux mémoires, volontaires et involontaires, de l’exploitation généralisée ».

« Maryse Condé, L’odeur de la mère », article de Michel Peterson, no 77, hiver 1999-2000.

1. La vie scélérate, par Maryse Condé, Seghers, Paris, 1998 [1987], 334 p.

 

Publié le 30 juillet 2003 à 11 h 32 | Mis à jour le 24 avril 2015 à 13 h 52