Ciro Alegría, Mário de Andrade, Alcides Argüedas, José María Argüedas, Roberto Arlt, Jorge Luis Borges, Alfredo Bryce-Echenique, Alvaro Cepeda Samudio, Paulo Coelho, Julio Cortázar, José Donoso, Costa du Rels, Fred d’Aguiar, Lygia Fagundes Telles, Eduardo Galeano, Rómulo Gallegos, Gabriel García Márquez, Manuel Gálves, Ricardo Güiraldes, José Hernández, Vicente Huidobro, Jorge Icaza, Clarice Lispector, Joaquim Maria Machado de Assis, Gabriela Mistral, Alvaro Mutis, Pablo Neruda, Silvina Ocampo, Juan Carlos Onetti, Miguel Otero Silva, Mariano Picón Salas, Manuel Puig, Horacio Quiroga, Carlos Reyes, José Eustasio Rivera, Augusto Roa Bastos, José Enrique Rodó, Domingo Faustino Sarmiento, Manuel Scorza, Luis Sepúlveda, Ernesto Sábato, César Vallejo, Fernando Vallejo, Mario Vargas Llosa

Amérique du Sud

« Écrire, c’est bénir une vie qui n’a pas été bénie. »
Clarice Lispector, Rencontres brésiliennes, (entretiens avec Claire Varin), Trois, Québec, 1987.

Peut-on définir la littérature de l’Amérique du Sud en quelques mots ? « Cosmopolite » est l’adjectif qui sert le plus souvent à la qualifier dans les anthologies ; un mot qui résonne comme un aveu d’impuissance, puisqu’il veut à peu près tout dire sans rien révéler. « Jeune » et « récente » reviennent aussi régulièrement sous la plume des critiques ; car l’on considère généralement que la rupture avec les usages espagnols fut consommée avec l’émergence des « modernistes » sud-américains.

Le début du XXe siècle voit se développer en Amérique du Sud un mouvement littéraire qualifié d’« indigéniste » qui, à l’inverse de l’« indianisme » du XIXe siècle qui idéalisait l’Indien, dénonce son exploitation par les riches propriétaires fonciers blancs et conteste l’exotisme contraint. Le gaucho, le péon des exploitations de caoutchouc, l’Indien des Andes font leur apparition dans les récits et l’on parlera bientôt de littérature gauchesque. Tandis que la révolution mexicaine (1910-1920) fournira au même moment un autre sujet privilégié par les gens de Lettres.

Littérature d’Amérique du Sud : littérature de témoignage ou de combat ?

On lit ici et là que l’écriture, en Amérique du Sud, s’est toujours accompagnée d’une fonction politique, voire éthique. Les courants littéraires « indigéniste » ou « nouveaumondiste » tendent à accréditer cette option. Laissons la parole à Octavio Paz, qui déclara lors d’une conférence donnée à l’Université de Yale, aux États-Unis, en 1976 : « Notre carence majeure : l’absence d’une tradition de pensée critique comme celle qui existe depuis la fin du XVIIe siècle, dans le reste de l’Occident. […] ces insuffisances n’ont pas fait de nous des citoyens de ce Tiers-Monde inventé par les économistes qui est aujourd’hui la clochette qu’ils font tinter pour attirer les moutons. La clochette est un leurre en vue de la récolte et de l’abattoir. Non, nous écrivons en espagnol, une langue latine : nous sommes une extrémité de l’Occident. Un continent pauvre et ensanglanté, une civilisation excentrique et frontalière. Pourquoi ne pas ajouter que cette désolation s’illumine parfois de lumières vivantes et étranges ? Pauvreté, violence, intolérance, peuples anarchiques, tyrans de toutes les couleurs, règne du mensonge à droite comme à gauche ; mais aussi imagination, sensibilité, délicatesse, sensualité, joie, un certain stoïcisme devant la mort et la vie – génie. Lopez a défini le Mexique comme un pays « espagnol et mauresque, rayé d’aztèque ». La formule n’est pas entièrement applicable au Venezuela ou au Chili, mais l’élément central est commun à tous les pays […]. Les nations américaines, quelles que soient leurs langues, sont le résultat de l’expansion de l’Occident. Nous parlons tous des langues transplantées. Il est impossible de réduire la diversité des œuvres hispano-américaines à quelques traits caractéristiques. Mais ce n’est pas la même chose pour les autres littératures ? Qui pourrait définir ce qu’est la littérature française, anglaise, italienne ? ». Concluons donc avec le grand auteur mexicain et ne nous obstinons pas à vouloir définir la littérature sud-américaine, riche de talents multiples et originaux.

 


ARGENTINE
État fédéral d’Amérique du Sud
2 780 000 km2
Habitants : Argentins
Capitale : Buenos Aires
Langue : espagnol

Roberto Arlt (Buenos Aires, 1900 – id., 1942)
L’autre grand écrivain argentin avec Borges, auquel il fut souvent comparé. Il a été le secrétaire de Ricardo Guiraldes qui l’aida à publier son premier roman. Les sept fous sont selon J. Cortázar « une vision jamais égalée de Buenos Aires et de sa faune ténébreuse et marginale ». Les narrateurs-personnages de Roberto Arlt sont désSuvrés, taciturnes, guettés par la démence, et généralement tourmentés par des pulsions sordides. Dans Le petit bossu, il s’interroge ainsi sur la perversité de la nature humaine : « J’aurais aimé t’offrir un roman aimable comme un nuage rosé, déclare-t-il à sa femme dans la préface, mais les êtres humains ressemblent davantage à des monstres qui pataugent dans les ténèbres qu’aux anges lumineux des histoires anciennes ».

Les Sept fous, trad. par I. et A. Berman, Belfond, 1991 ; Le jouet enragé, trad. par I. et A. Berman, Presses universitaires de Grenoble, 1984 ; Les lance-flammes, trad. par L. Mercier, Belfond, 1991 ; Le petit bossu, éd. Cent pages.


Jorge Luis Borges (Buenos Aires,1899 – Genève, 1986)
Tout art réaliste équivalait pour Borges, qui se démarquait des écrivains « engagés », à une imposture. Son œuvre évolue dans un univers fantastique, symboliste quoique profondément personnel. Borges est l’archétype de l’homme de lettres, car les lettres incarnent, expliquent à elles seules le destin de cet écrivain majeur pour qui le paradis ne pouvait être qu’une bibliothèque hétéroclite, peuplée de mythologies, de cauchemars et de labyrinthes. « Éternel candidat au Prix Nobel de littérature qui, chose étrange, lui échappa toujours, Borges était célèbre pour ses nouvelles déconcertantes, qu’il appelait ficciones, de même que pour ses fables, paraboles, essais et poèmes », écrit Don Bell dans Nuit blanche (« Jorge Luis Borges, Jeux avec le temps et avec l’infini », Numéro 38, janvier-février 1990, p. 35) ; « […] Il est un vers de Verlaine dont je ne me souviendrai plus / Il y a un miroir qui m’a reflété pour la dernière fois » écrivait Borges dans son poème mémorable « Limites », évoquant la douleur de vieillir aveugle ».

Œuvre poétiquetrad. par Ibarra, Gallimard.

Voir aussi : « Borges ou les délices du clair-obscur ».


Paulo Coelho (1947 )
Connu dans le monde entier grâce à L’alchimiste, paru en 1994, Coelho publie en moyenne un roman par an ; où la critique sociale s’accompagne généralement d’une recherche spirituelle. Avec Véronika décide de mourir (Anne Carrière, 2000), il aborde les sujets qui troublent l’adolescence ; Veronika, internée dans un hôpital psychiatrique, veut fuir la « tragédie d’une existence où tout se répète et où le lendemain est toujours semblable à la veille » ; elle devient le cobaye d’un médecin qui veut trouver un traitement contre la démence mais parviendra, dans ce lieu de l’absurde absolu, à conquérir une vraie liberté.


Julio Cortázar (Bruxelles, 1914 – Paris, 1984)
Né à Bruxelles, Cortázar fit des études de traduction en Argentine avant de s’expatrier à Paris en 1952, et fut naturalisé français ; d’abord professeur, il avait renoncé par antipéronisme à une chaire universitaire dans son pays. Dans son œuvre, se mélangent réalisme socio-politique et inspiration fantastique. Il suggère, rend crédible l’intrusion de l’insolite dans la réalité quotidienne, et lâche : « Le futur de mes livres ou des livres d’autrui est le cadet de mes soucis… Un véritable écrivain est quelqu’un qui tend l’arc à fond tandis qu’il écrit et qui le suspend ensuite à un clou pour aller boire un verre avec ses amis » (Julio Cortázar l’enchanteur, Karine Berriot, Presses de la Renaissance, 1988). La ville de Buenos Aires fut sans conteste la grande inspiratrice de son œuvre, constituée de romans et de nouvelles : « Le roman est ce que Umberto Eco appelle l’œuvre ouverte, c’est-à-dire la possibilité de se déplier, de bifurquer. Le roman est un arbre, et la nouvelle est une sphère » a-t-il déclaré à Marcel Bélanger (, p. 22). Dans Le livre de Manuel (trad. par L. Guille-Bataillon, Gallimard, 1987) il narre une histoire fabuleuse : des parents collectent des coupures de journaux argentins et français pour fabriquer un livre d’histoire idéal destiné à leur enfant.

Voir aussi : « julio Cortázar : L’écrivain à l’affût », entrevue par Marcel Bélanger, no 6, printemps-été 1982, p. 20-22 ; et Spécial 15e anniversaire, no 69, hiver 1997.


Manuel Gálves (Parana, 1882 – Buenos Aires, 1962)
Gálves, fortement influencé par le naturalisme, est l’auteur de romans sociaux (Maîtresse d’écoleMercredi saint) et de romans historiques sur les guerres du XIXsiècle contre le Paraguay. Il décrit les milieux ouvriers et paysans mais son œuvre la plus remarquable reste sa trilogie d’une singulière intensité sur la guerre du Paraguay (Humaïta, Nouvelles éditions latines, 1944, et Journées d’agonie, 1947), sorte d’Iliade du Paraguay en lutte contre l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay qui narre la descente aux enfers d’un peuple qu’un dictateur conduit à sa perte.


Ricardo Güiraldes (Buenos Aires, 1886 – Paris, 1927)
Ricardo Güiraldes n’a pas voulu faire de concession à l’esthétisme moderniste et a prôné l’emprunt à l’avant-garde européenne, avec la vigoureuse évocation de la vie de l’homme dans la pampa. Dans Don Segundo Sombra (Gallimard), Güiraldes porte un regard nostalgique sur la légende du gaucho, sa virile existence entachée de brutalité. Membre du groupe Martín Fierro, il fonda avec Borges la revue Proa.

Don Segundo Sombra, trad. par M. Auclair, préface de Jules Supervielle, Gallimard, « La Croix du Sud ».


José Hernández (San Martín, 1834 – Buenos Aires, 1886)
Il est l’auteur glorifié pour un roman en vers, Martín Fierro, vaste épopée de la Pampa et des gauchos, qui narre les exploits de l’un d’entre eux, Martín Fierro, sa condition désastreuse aussi ; où il est question du sentiment de résignation né des injustices sociales insurmontables, malgré une tentative de rébellion du personnage principal. Martín Fierro est souvent considéré comme le poème national de l’Argentine.

Martín Fierro, trad. par P. Verdevoye, Nagel, 1872.


Silvina Ocampo (1903 1993)
Dans Faits divers de la terre et du ciel (trad. par F.-M. Rosset, présentation de Borgès, Gallimard, 1948, 1961), un recueil qui reprend le titre d’une des nouvelles de Silvana Ocampo, il est question du purgatoire qui devient sous sa plume une sorte de salle de vente aux enchères : anges et démons s’affairent autour d’une balance si sensible que le poids d’une simple feuille de papier peut faire envoyer les « bons » en enfer et les « mauvais » au paradis.

Sa sœur, Victoria, poétesse de grand talent, fonda en 1931 et dirigea la prestigieuse revue Sur. Elle avait appris dans son enfance le français, sa langue préférée aimait-elle rappeler.


Manuel Puig (1932 – 1990 )
Né dans un village de la pampa argentine, Puig se destine au cinéma, passion qui explique sans doute sa singularité littéraire : toute son œuvre ne parle que d’un seul sujet, les médias et les langages aliénés. Dans Le baiser de la femme araignée (trad. par A. Bensoussan, Seuil, 1976), Manuel Puig met en scène deux hommes enfermés par la dictature dans le même cachot : un politicien et un homosexuel ; le récit d’une relation difficile.


Ernesto Sábato (Rojas, 1911  )
Dans son œuvre, rythmée comme des romans policiers, se mêlent réalisme, fantastique, méditation philosophique et angoisse métaphysique. Physicien à l’origine, il est surtout préoccupé par des questions à caractère socio-politique. Dans Le tunnel (trad. par M. Bibard, Seuil, 1948), il décrit la terrifiante introspection d’un artiste peintre qui a tué. Une écriture admirée par Albert Camus.


Domingo Faustino Sarmiento (San Juan, 1811 – Asunción, 1888)
Écrivain, longtemps exilé au Chili, Sarmiento fut aussi un homme politique : Président de la République (1868-1874), il amorça d’importantes réformes économiques et mit fin à la guerre du Paraguay. Son œuvre majeure, Facundo (préface de J. L. Borges, trad. par M. Bataillon, Herne, 1990), fresque historique et politique dont le héros est le caudillo Facundo Quiroga, héros de la révolution nationale argentine, illustre les contradictions internes de son pays. Un des chefs-d’œuvre dit-on de la littérature sud-américaine.


BOLIVIE
État d’Amérique du Sud
1 100 000 km2
Habitants : Boliviens
Capitale constitutionnelle : Sucre
Siège du gouvernement : La Paz
Langue : espagnol, aymara et quechua

Alcides Argüedas (La Paz, 1879 – Santiago du Chili, 1946)
Alcides Argüedas a montré d’une façon saisissante dans Race de bronze, les mœurs, la résignation de la race déchue et martyrisée des Indiens.

Race de bronze, préface d’André Maurois, Plon, « Feux croisés », coll. Unesco, 1960.


Costa du Rels (1891 – 1980)
Établi à Paris pendant des années, Costa du Rels est de cette famille d’écrivains qui écrivent avec la même aisance en espagnol et en français. Son roman majeur est Caoutchouc, un récit qui nous entraîne dans les exploitations forestières de l’Amazonie où prévaut une barbarie effrayante.


BRÉSIL
État fédéral d’Amérique du Sud
8 512 000 km2
Habitants : Brésiliens
Capitale : Brasilia
Langue : portugais

LITTÉRATURE BRÉSILIENNE – dossier, Nuit blanche, n76, automne 1999.
(Les titres soulignés indiquent que les articles sont disponibles en ligne)

– « Présentation », par Michel Peterson.
– « Mémorial de Aires de Machado de Assis », article de Maria Helena Werneck.
– « Nelson Rodrigues, Absolu et pluriel », article de Victor Pereira.
– « Sérénissimes dames du temps, artisanes de la parole », article de Gizêlda Melo do Nascimento.
– « La poésie brésilienne, du baroque au modernisme », article de Haroldo de Campos.
– « La poésie brésilienne, de João Cabral de Melo Neto à nos jours », article de Neilson Ascher.
– « Légendes du pays gaúcho », article de Sylvie Dion.
– « La bande dessinée au Brésil », article de Carlos Eugênio Baptista.
– « Donaldo Schüler, Le saut dans l’impossible », article de Michel Peterson.
– « Graciliano Ramos, Les mémoires d’un souterrain », article de Michel Peterson.
– « La littérature des femmes au Brésil, Pour une vraie révolution », article de Lucia Helena Vianna.
– « Rubem Fonseca et Ignácio de Loyola Brandão, des littératures d’opposition », article de Daniel Pigeon.
– « Quatre nouvelles de Ignácio de Loyola Brandão : ‘L’homme qui avait un trou dans la main’, ‘L’homme qui désirait devenir amnésique’, ‘Les hommes qui comptaient’, ‘L’homme aux oreilles grandissantes’ ».
– « Nora », extrait d’un roman de Lya Luft.
– « Chronologie », par Michel Peterson.


Joaquim Maria Machado de Assis (Rio de Janeiro,1839 – id.,1908)
Poète parnassien mais romancier réaliste, « […] éloigné de son temps, qui mise sur la parole en tant que valeur d’échange et parie sur la fonction civilisatrice de la culture, Machado de Assis produit une littérature qui met le cap sur la fin du XXe siècle » écrit Maria Helena Werneck dans Nuit blanche (numéro 76). Mémorial de Aires (en français, Ce que les hommes appellent Amour) se présente comme le journal intime d’un diplomate qui revient à Rio après avoir passé trente ans en Europe, récit de la fin d’un monde.

Ce que les hommes appellent Amour, (Mémorial de Aires), trad. par J.P. Bruyas, Métailié, 1995.


Jorge Amado (Ferradas, 1912 – 2001)
Pour beaucoup, Amado incarne la littérature brésilienne. L’œuvre de cet admirable conteur, fut traduite, il est vrai, en quarante langues. Ses romans unissent critique sociale et inspiration folklorique ; ses récits sont tour à tour lyriques (notamment quand ils sont politiques), pleins d’humour, ou encore débordant de lascivité. Plusieurs fois emprisonné, ses livres seront interdits. Dans Bahia de tous les saints, le héros Antonio Balduino, mauvais garçon rattrapé par une vie misérable qui recherche le réconfort auprès de femmes provocantes, est l’incarnation du peuple noir, écartelé entre détresse et espoir de lendemains meilleurs.

Bahia de tous les saints, Gallimard, 1981, Folio N° 1299.


Carlos Drummond de Andrade (Itabira, 1902 – 1987)
Drummond maîtrise tous les registres étranges de la nouvelle, du récit fantastique au conte philosophique. L’universalité de son œuvre, d’une transparence magique, vient de l’enracinement dans une province repliée sur elle-même mais transfigurée par l’imaginaire.

Conversation extraordinaire avec une dame de ma connaissance, trad. par G. Leibrich, I. Oseki- Depré et M. Carelli, Métailié.


Mário de Andrade (Sao Paulo, 1893 – id., 1945)
Initiateur du modernisme, Andrade fit de son  « roman-rhapsodie » indigéniste Macounaïma le symbole continental de l’Indien opprimé opposé au colonisateur blanc.


Clarice Lispector (1925 – 1977)
D’origine ukrainienne, Clarice Lispector, qui a passé la majeure partie de sa vie au Brésil, est considérée à juste titre comme l’un des écrivains qui comptent le plus en Amérique du Sud. Si on la désigne généralement comme la représentante du nouveau roman brésilien, son œuvre, dominée par le monstrueux et une écriture expérimentale, reste néanmoins inclassable. « Tout en misant sur la dissolution des genres, écrit Lucia Helena Vianna dans Nuit blanche (Numéro 76, automne 1999),  dans le domaine de la fiction (romans/fictions/pulsations), elle introduit une autre façon de voir les choses et de travailler le discours qui consacre l’existence d’une réalité perçue de biais, « regardée par un trait oblique », qu’on doit ajouter aux tracés, aux coupes droites et parallèles dont la tradition littéraire hégémonique prétendait qu’elles étaient les seules possibles. Le discours de Clarice Lispector est d’une telle importance qu’il provoque le partage des eaux et s’y situe, exerçant une influence décisive sur les générations à venir. »

Clarice Lispector écrivit aussi pour la jeunesse : dans La femme qui a tué les poissons, elle traite de la phobie irrationnelle, de la tendresse aussi pour les petites bêtes ; un drôle de bouquin à lire à n’importe quel âge !

Clarice Lispector a publié, entre autres : La passion selon G. H., trad. par C. Farny, Des femmes, 1978 ; La belle et la bête, Passion des corps, trad. par C. Farny, Des femmes, 1984 ; Où étais-tu pendant la nuit ?, trad. par G. Leibrich et N. Biros, Des femmes, 1985 ; La femme qui a tué les poissons, trad. par S. Rosset et L. Cherem, Seuil, 1997 ; Corps séparés, trad. par J. et T. Thiériot, Des femmes, 1993.


Lygia Fagundes Telles (São-Paulo, 1923  2013)
De la génération littéraire de Clarice Lispector, elle puise notamment son inspiration dans l’enfance, dans la ville et dans la bourgeoisie et doit une partie de sa popularité à la force de ses convictions, défendues dans ses romans avec combativité.

La nuit obscure et moi, Rivages, 1998 ; La structure de la bulle de savon, Pocket, 1992 ; L’heure nue, Serpent à plumes, 1996. (En couverture de Nuit blanche, numéro 76, automne 1999).

Voir aussi : « Le roman brésilien contemporain », Nuit blanche, Numéro 38, janvier-février 1990 ; Dossier spécial « Littérature brésilienne.


CHILI
État d’Amérique du Sud
757 000 km2
Habitants : Chiliens
Capitale : Santiago
Langue : espagnol

Isabel Allende (Lima, 1942  )
Née à Lima mais de nationalité chilienne, nièce de Salvador Allende, Isabel Allende a dû fuir son pays à la suite du coup d’État militaire de 1973 et se réfugier au Venezuela. Avec son premier roman, La maison aux esprits (1982), qui fut porté à l’écran, elle a connu d’emblée le succès. Elle narre, dans ce roman, quelques-uns de ses souvenirs d’enfance dans l’hacienda familiale, et l’histoire du Chili vue par les yeux de quatre générations de femmes de la dynastie des Trueba. Dans Fille du destin, vaste fresque romanesque d’une époque aventureuse – le XIXe siècle américain –, alors que San Francisco sort de terre, les personnages tentent de garder une certaine humanité malgré la violence ambiante. Isabel Allende écrit également des contes pour enfants.

La maison aux esprits, trad. par C. et C. Durand, LGF, 1986 et Le Livre de poche, N° 6143 ; Fille du destin, Grasset.


José Donoso (Santiago,1924 – id., 1996)
Issu d’une éminente famille de Santiago, José Donoso retient souvent dans son œuvre le thème de l’aristocratie agonisante. Ses récits recèlent tous une atmosphère étouffante et ambiguë, cadre d’obsessions manifestement longtemps réprimées, et se doublent souvent d’une authentique affliction en regard de la situation qui prévaut dans son pays. Dans L’obscène oiseau de la nuit (trad. par D. Coste, Seuil, 1990), Donoso, fasciné par les lieux clos, décrit un univers halluciné où « le sommeil de la raison engendre des monstres ».


Vicente Huidobro (Santiago, 1893 – Cartagena, 1948)
Très méconnue, l’œuvre de Huidobro séduit pourtant grâce à une écriture tout à la fois ou tour à tour expressionniste, plus surréaliste, comme dans Altaigle, un personnage qui hésite entre délire verbal et profond lyrisme, ou encore symboliste, dans Monument à la mer : « La mer enveloppant les étoiles dans ses vagues / La mer avec sa peau martyrisée / Et les soubresauts de ses veines / Avec ses jours de paix et ses nuits d’hystérie ». L’écriture expérimentale de Huidobro l’a désigné comme un précurseur à la « belle folie du langage », la folie étant souvent, dans ses vers, la principale narratrice.

Monument à la mer, trad.  par F. Verhesen, éd. Unes ; Altaigle, trad. par F. Verhesen, éd. Unes.


Gabriela Mistral (Lucila Godoy Alcayaga, dite) (Vicuna, 1989 – Hamsptead, 1957) PRIX NOBEL 1945
Écrivaine chilienne de génie, elle obtint en 1945 le Prix Nobel de littérature. Ses recueils d’inspiration chrétienne et populaire montrent une poésie où domine le thème de l’amour pour des êtres réprouvés et rudoyés.

Choix de textes, présentation de M. Pomès, Seghers ; Poèmes, trad. R. Caillois, Gallimard, 1946.

EXTRAIT

« Puisse la coulée de tes métaux souder
les peuples brisés de tes crevasses ;
couds tes rivières vagabondes,
tes versants fils de Caïn ;
purifie-nous et conduis-nous !
Que sonne notre appel,
Alléluia
et litanie de l’enthousiasme […] »
Cordillère, trad. par P. Darmageat.


Pablo Neruda (Neftalí Ricardo Reyes, dit)
(Paral, 1904 – Santiago, 1973) PRIX NOBEL 1971
Nommé par son ami Salvador Allende ambassadeur du Chili à Paris, c’est là qu’il apprend que le Prix Nobel de littérature lui est décerné. Avec celle de César Vallejo, la poésie de Neruda a sans doute fait beaucoup pour l’émancipation de son peuple en galvanisant son désir de révolte.

« J’ai une conception dramatique de la vie et romantique. Ce qui n’atteint pas profondément ma sensibilité ne m’intéresse pas ». Emporté par son lyrisme, il se lance dans de grandes envolées dans lesquelles il exalte l’avenir du continent américain. Dans une langue simple, le poète dit le paysage et les hommes d’avant la conquête, puis toute l’histoire de l’Amérique et des luttes, avant de terminer par une méditation sur sa propre vie et la genèse de son œuvre. Une œuvre universelle qui comprend Vingt poèmes d’amourRésidence sur la terreMémorial de l’île noire, la pièce de théâtre Splendeur et mort de Joaquin Murieta, et bien entendu le Chant général, poème de plus de dix mille vers, sorte d’Énéide de l’Amérique du Sud, qui commence par un rappel historique du grand passé indien, se poursuit par la narration de la sanglante conquête, en passant par la libération post-coloniale, bientôt suivie de l’impérialisme étasunien ;  une fresque qui s’achève sur un hymne à Staline.

Le Chant général, trad. par C. Couffon, P.G.

EXTRAIT 

« Si je pouvais hurler de peur dans une maison solitaire,
si je pouvais m’arracher les yeux et les dévorer,
je le ferais pour ta voix d’oranger endeuillé,
et pour tes vers qui viennent au jour avec des cris.
Car c’est pour l’amour de toi que les hôpitaux se colorent de bleu,
et que les escaliers foisonnent, et les quartiers du port,
et que des ailes poussent aux anges blessés,
et que les poissons perdent leurs écailles dans leur lit nuptial,
et que les hérissons montent au ciel :
et à cause de toi que les échoppes des tailleurs, couvertes
d’une sueur noire, s’emplissent de cuillère et de sang
et avalent de vieux rubans, se tuent de baisers
et s’habillent tout de blanc […] »
Ode à Federico Garcia Lorca


Luis Sepúlveda (1949 – )
Membre actif de l’unité populaire chilienne du temps d’Allende, dans les années 1970, Sepúlveda quitte finalement Valparaiso pour Hambourg. Il est l’auteur d’un livre qui a connu un immense succès : Le vieux qui lisait des romans d’amour, dont les personnages principaux sont certes un vieil homme mais aussi, et devrait-on dire surtout, la forêt amazonienne, décrits avec une feinte naïveté ; une sorte de profession de foi écologique en faveur d’un monde menacé de destruction et de la culture indienne : au bord de l’Amazone, un vieil homme, ami des Shuars, découvre la lecture et chasse le jaguar.

Le vieux qui lisait des romans d’amour, trad. par F. Maspero, Métailié, 1992.


COLOMBIE
État d’Amérique du Sud
1 140 000 km2
Habitants : Colombiens
Capitale : Bogota
Langue : espagnol

Gabriel García Márquez (Aracataca,1928 – 2014PRIX NOBEL 1982
D’abord journaliste, Gabriel García Márquez se lie d’amitié avec Samudio et Mutis notamment. De nationalité colombienne, Márquez aime à se dire caribéen. Il est vrai qu’il est né à Aracataca, un petit village sur la côte caribéenne. Ce sont les plantations bananières de la région qui lui inspireront le cadre de son roman le plus célèbre, Cent ans de solitude, une épopée fabuleuse et violente, d’une grande force poétique qui lui vaudra instantanément la renommée. Le petit village de Macondo, campé dans cette fresque dont Neruda a dit qu’elle était l’œuvre la plus importante en espagnol depuis Don Quichotte, deviendra le symbole quasi-mythique de tout un continent. C’est donc cet univers romanesque très singulier qui adjuge à l’auteur une audience internationale. L’œuvre romanesque de García Márquez forme, dans une prose luxuriante, une chronique à la fois réaliste, fantastique et baroque de l’Amérique latine : Chronique d’une mort annoncée (trad. par C. Couffon, Grasset, 1981), L’amour au temps du choléra (trad. par A. Morvan, Grasset, 1986), Le général dans son labyrinthe (trad. par A. Morvan, Grasset, 1989)…

Márquez, un sympathisant actif des mouvements révolutionnaires, a notamment financé avec son Prix littéraire Romulo Gallegos (1972) la campagne politique du MAS au Venezuela, concouru à à la création de l’hebdomadaire Alternativa (1974) et créé la fondation Habeas qui défend les droits de l’homme et des prisonniers politiques en Amérique du Sud.

« Le général dans son labyrinthe, un livre vindicatif », Nuit blanche, numéro 38, janvier-février 1990.


Alvaro Mutis (Bogota, 1923  2013)
« Le paradis, on ne l’a pas perdu seulement avec Adam et Ève, on le perd tous les jours. On restera toujours des exilés du paradis » écrit Mutis dans San Andrès et Providence ou le paradis perdu (Lieu commun, 1992). Il est le créateur d’un héros récurrent, Maqroll el Gaviero (le gabier), qui apparaît dan ses poèmes et dans ses romans, La neige de l’amiral (trad. par A. Morvan, Grasset, 1989) et le Rendez-vous de Bergen (Grasset, 1995) par exemple. Alvaro Mutis est le dédicataire de Cent ans de solitude de son ami Gabriel García Márquez.


José Eustasio Rivera (1889 – 1928)
Mort prématurément en 1928, Rivera a laissé un recueil de poésie et un roman, La Voragine (tourbillon), qui offre une vision saisissante de l’extraordinaire nature centraméricaine. À l’oppression des hommes s’ajoute celle de la forêt de caoutchouc, où les cautcheros vivent comme de véritables esclaves sans jamais voir le ciel dissimulé par une végétation luxuriante. Le récit réaliste et symbolique, de fondement indigéniste, qui relate l’expédition d’un homme à la recherche de deux femmes, et que la forêt en fin de compte détruira.

La Voragine, trad. par Georges Pillement, Bellenand, 1951.


Alvaro Cepeda Samudio
Alvaro Cepeda Samudio est l’auteur du Maître de la Gabriela (trad. par J. Gilard, Belfond, 1962) : un roman inspiré par un fait historique, la grève en 1928 dans les bananeraies de la côte colombienne qui fut réprimée de façon sanglante.


Fernando Vallejo
Considéré comme l’enfant terrible de la littérature colombienne, Fernando Vallejo a choqué les bien-pensants de son pays avec une œuvre largement autobiographique. Dans Le feu secret (Belfond, 1998), il évoque son amour pour  les jeunes garçons et dans La vierge des tueurs (trad. par M. Bibard, Belfond, 2000), un écrivain vieillissant de retour à Medellín, une ville ravagée par la drogue où règne la mafia, tombe amoureux d’un des jeunes meurtriers qui y sévissent. L’auteur sarcastique, qui vit maintenant à Mexico, est considéré comme une personnalité majeure de la nouvelle littérature sud-américaine.

Poésie complète, trad. par G. de Cortanze, Flammarion, 1983.


ÉQUATEUR
État d’Amérique du Sud
270 670 km2
Habitants : Équatoriens
Capitale : Quito
Langue : espagnol

Jorge Icaza (Quito, 1906 – Quito, 1978)
Membre du groupe de Guayaquil, il est, avec Argüedas, Gallegos, Güiraldes, Alegría et Asturias, la figure emblématique du courant indigéniste en Amérique du Sud. Ses romans réalistes dénoncent l’exploitation des Indiens. Icaza est l’auteur du chef d’œuvre de la littérature équatorienne : La fosse aux Indiens, peinture âpre de l’exploitation des Indiens des hauts plateaux qu’on dépouille de leurs biens et qu’on réduit  à l’esclavage. Huasipungo (trad. par G. Pillement, Pasquier-Bellenaud, 1934), c’est la chaumière ; dernier bien des Indiens que les Blancs – qui les exploitent pour la construction d’une route – veulent leur extorquer. La révolte gronde. Et le lecteur d’assister à des péripéties d’une ignominie quasi insoutenable.

La fosse aux Indiens, trad. par G. Pillement, Éditions sociales internationales ; L’homme de Quito, trad. par C. Couffon, « Les Lettres françaises », 1960.


GUYANA
anciennement Guyane britannique
État d’Amérique du Sud
21 500 km2
Habitants : Guyaniens
Capitale : Georgetown
Langue : anglais

Fred d’Aguiar (1961  )
Marqué par les émeutes en Angleterre dans les années 1970 de la communauté noire, Fred d’Aguiar prend conscience de sa fierté d’avoir une identité distinctive et distribue bientôt au sein de son université des tracts contre le racisme et le sexisme. Son œuvre séduit par le contraste apparent entre un style très littéraire et l’élan caribéen qui la caractérise. L’action de La mémoire la plus longue (trad. par Lergen, Plon, 1996) se déroule en Virginie : pourquoi un père esclave choisit-il de livrer son fils fugitif ?


PARAGUAY
État d’Amérique du Sud
407 000 km2
Habitants : Paraguayens
Capitale : Asuncion
Langue : espagnol et guarani

Augusto Roa Bastos (Asunción, 1917  2005)
Né dans une zone de canne à sucre, Roa Bastos s’inspire de la réalité du Paraguay, une « île entourée de terre », pour nourrir ses romans. Roa Bastos ressuscite, dans Moi le suprême – un roman baroque au style flamboyant – un vrai dictateur, José Gaspard Francia, qui fonda le Paraguay moderne.

Le feu et la lèpre, trad. par J.F. Reille, Gallimard, « La croix du Sud », 1968 ; Moi le suprême, trad. A. Berman, Belfond, 1977.


PÉROU
État d’Amérique du Sud
1 285 000 km2
Habitants : Péruviens
Capitale : Lima
Langue : espagnol et quéchua

Ciro Alegría (Sartimbambra, 1909 – Lima, 1967)
Grand propriétaire terrien dans les Andes, il est contraint, à cause de son engagement politique, à l’exil après avoir fait de la prison (c’est là qu’il écrit son Carnet de cellule). Alegría est un fervent défenseur de la cause des Indiens. Journaliste, il collabore au journal clandestin La Tribuna ; et c’est clandestinement encore que son œuvre, interdite au Pérou, pourra être lue. Le titre de son œuvre majeure, Vaste est le monde (trad. par M. Serrat et M. Ferté, Gallimard, 1941) dit d’emblée ce que l’auteur perçoit de la majestueuse cordillère des Andes ; un roman qui témoigne aussi du sort tragique réservé à ses habitants.


José María Argüedas (Andahuaylas, 1911 – Lima, 1969)
Les thème chers à Argüedas, anthropologue et intellectuel militant, concernent les Indiens et disent leur malheureuse destinée, comme Tous sangs mêlés (Gallimard, 1970). Dans Les Fleuves profonds, (trad. par J.F. Reille, Gallimard, 1958, épuisé), il décrit la vie dans un collège de garçons tenu par des prêtres au fin fond de la cordillère : tous parlent ensemble le quechua, qu’Argüedas tenait pour sa langue maternelle, lui qui avait pris l’habitude dans son enfance de vivre aux côtés des paysans indiens. Auteur nostalgique, il a une écriture d’une beauté singulière, très personnelle qui révèle puissamment la vie spirituelle et culturelle du peuple andin. Mario Vargas Llosa lui a consacré un essai, L’utopie archaïque. Devenu ministre de la culture, Argüedas imposera le quéchua comme langue officielle du Pérou. Mais meurtri par les troubles sociaux que traverse son pays à la fin des années 1960, il se donnera la mort.


Alfredo Bryce-Echenique (Lima, 1939  )
Né à Lima, dans une famille de l’aristocratie péruvienne, Bryce-Echenique écrit La vie exagérée de Martin Romana (trad. par J.-M. Saint-Lu, Luneau-Ascot, 1981), ou les pérégrinations, à grand renfort de spiritueux, d’un Latino-Américain exilé entre Barcelone et le Paris soixante-huitard, qui va d’aventures sentimentales en drames tragi-comiques. Professeur à l’université de Vincennes (près de Paris), il avait d’abord publié un recueil de nouvelles (Huerto cerrado, 1968), évocation nostalgique de son Pérou natal.


Manuel Scorza (Lima, 1928 – Madrid, 1983)
Engagé dans la lutte politique, Scorza décrit dans Roulements de tambour pour Rancas (trad. par C. Couffon, Belfond, 1970 ; Métailié, 1998), la chronique tristement véridique de l’anéantissement d’une communauté paysanne résistant à une exploitation minière nord-américaine. Mêlant les mythes ancestraux et l’histoire, son œuvre dit la détresse dans lequel est plongé l’exilé (comme dans Les imprécations, recueil pour lequel Scorza reçoit le Prix national de poésie ; Poésie 1961-1970, trad. par F. Imbert et M. Leclerc-Olive, Belfond, 1991) et la lutte des paysans pour récupérer leur terre. Militant indigéniste, il ne reviendra dans son pays que dix ans après la chute de la dictature. Il meurt dans  l’écrasement d’un avion de la compagnie colombienne Avianca en 1983, à Madrid.


César Vallejo (Santiago de Chuco, 1892 – Paris, 1938)
Vallejo, poète moderniste, reste le chantre de la solidarité humaine, malgré l’oppression et la souffrance infligées aux siens. Sa poésie traite « de la réalité ambiante et incontournable d’un homme apparenté par le sang à l’une des hautes civilisations de l’humanité, la civilisation inca, dans des tonalités qui l’apparenteraient par moments à un métaphysicien ». Communiste, il s’engagea dans les rangs des républicains espagnols. « Vallejo fait figure de précurseur : par la suite, la notion selon laquelle il suffit de faire éclater la réalité aura de nombreux adeptes [… avec] la nécessité la plus impérieuse qui soit : celle de témoigner », explique encore Michel Beaulieu dans Nuit blanche.

Poésie complète, trad. G. de Cortanze, Flammarion.

Voir : « César Vallejo le légendaire », par Michel Beaulieu, Numéro 14/juin-juillet-août 1984.


Mario Vargas Llosa (Arequipa, 1936  )
Vargas Llosa, qui a poursuivi des études de littérature à Madrid et soutenu en 1958 une thèse de doctorat sur le poète nicaraguayen Ruben Darío, a d’abord été journaliste. Ses romans, pleins d’ironie, dressent un portrait satirique de la société péruvienne, d’une grande puissance réaliste toutefois. Pouvant être qualifié de roman d’éducation, La Ville et les chiens (trad. par B. Lesfargues, Gallimard, 1962) met en scène, dans une académie militaire de Lima – dont Vargas Llosa avait été un élève à l’âge de quatorze ans – un groupe clandestin de quatre garçons (« les chiens ») qui se révoltent contre l’oppression disciplinaire. Conversation à la cathédrale (Gallimard, 1973) et Histoire de Mayta témoignent de la condition tragique d’un Pérou étouffé par la misère et l’autocratie. La Maison verte, récit de la vie dans la forêt péruvienne et dans l’urbaine Piura, est l’illustration parfaite du style sophistiqué de Vargas Llosa. Citons encore la satire du sectarisme, religieux ou militaire, Pantaléon et les visiteuses (trad. par A. Bensoussan, Gallimard, 1990) et Qui a tué Palomino Molero (trad. par A. Bensoussan, Gallimard, 1987), chronique des violences politiques qui broient le Pérou. D’abord impliqué dans le militantisme politique, il abandonnera finalement le Parti communiste dont il critique la position staliniste trop rigoureuse vis-à-vis de la littérature et de l’art. Libéral, il fonde un mouvement politique démocratique de droite, Libertad, mais échoue face à Fujimori lors des élections présidentielles de 1990.

EXTRAIT

En Amérique du Sud, « [ê]tre écrivain signifie d’abord, et souvent uniquement, assumer une responsabilité sociale. En même temps qu’une œuvre d’art, et parfois même avant, on attend de l’écrivain une action politique. […] Le royaume de la subjectivité se transforma en royaume de l’objectivité. La fiction remplaça la science comme instrument de description de la vie sociale et nos meilleurs professeurs de réalité furent ces rêveurs, les hommes de lettres ».
(Le magazine littéraire, septembre, 1979)


SURINAM
(anciennement Guyane hollandaise)
État d’Amérique du Sud
163 265 km2
Habitants : Surinamiens
Capitale : Paramaribo
Langue : néerlandais

Arion (Frank Efraim Martinus dit) (Curaçao, 1936  )
Écrivain néerlandais d’origine antillaise, il débute par des poèmes en papiamentu (Voix d’Afrique, 1957) puis exprime, dans des romans qui adoptent le rythme du reportage, sa condamnation du colonialisme et de la ségrégation raciale (Le double ; Adieu à la Reine ; Nobles sauvages)


URUGUAY
État d’Amérique du Sud
177 500 km2
Habitants : Uruguayens
Capitale : Montevideo
Langue : espagnol

Eduardo Galeano (Montevideo,1940  )
Galeano se consacre très tôt au journalisme. Encore adolescent, il publie déjà des dessins sous le pseudonyme Gius. Rédacteur en chef de l’hebdomadaire Marcha puis directeur du journal Epoca, il fonde la revue argentine Crisis. Son militantisme politique le contraint à l’exil, d’abord en Argentine, puis en Espagne ; il ne retourne en Uruguay qu’en 1985. Mémoire de feu (trad. par C. Couffon, Plon, 1982) est le premier tome d’une trilogie historique qui se présente sous forme d’une mosaïque de textes. L’auteur tente à travers cette composition polyphonique de saisir « les voix multiples, les mythes, les légendes, les odeurs, les couleurs et les douleurs des Amériques ».


Juan Carlos Onetti (Montevideo, 1909 – Madrid, 1994)
Son œuvre romanesque traduit l’inquiétude existentielle d’êtres marginaux et désenchantés dans des décors où s’épanouissent la supercherie et les affaires véreuses. Le cadre de l’œuvre d’Onetti, c’est Santa Maria, une ville de banlieue imaginaire, où évoluent des gens au destin médiocre, hantés de rêves sordides, et où se déroulent des intrigues qui parlent d’échec, de corruption, d’amours ratées,… d’isolement et de désolation, de destins fantomatiques. « La vie c’est soi-même, et soi-même c’est les autres » écrit-il dans La vie brève.

La Vie brève, trad. par C. Couffon et A. Gascard, Gallimard, 1950 ; trad. par Gascar, Stock, 1971 ; Le Puits, 1939 ; Les bas fonds du rêve, trad. par C. Couffon, Gallimard, 1981.


Carlos Reyes (1868 – 1938)
Carlos Reyes a passé son enfance au contact de la nature, dans la propriété de son père. Le plus connu des écrivains uruguayens, évoque le gaucho et la pampa.

La mort du cygne, trad. par A. de Bengœchea, Grasset.


Horacio Quiroga (1878 – 1937)
Quiroga inaugure le réalisme sibyllin dans la littérature sud-américaine. Il fut marqué dès sa naissance par des morts violentes (de son père d’abord, suivie du suicide de son beau-père, de sa première femme, et mort de son meilleur ami qu’il tue accidentellement en nettoyant une arme, jusqu’à son propre décès volontaire)… Il n’y a donc rien que de très compréhensible de trouver dans son œuvre un climat plutôt morbide où une certaine froideur stylistique illustre les méandres de la folie. Il fut journaliste, homme d’affaires, artisan, diplomate,… et le maître de la nouvelle latino-américaine, célèbre pour ses Contes d’amour de folie et de mort dont « l’antedéluvienne forêt » est le protagoniste essentiel, où le fantastique ambigu et parfois drôle, le merveilleux, le réalisme, la troublante étrangeté de chaque détail atteignent l’onirique.

Contes d’amour de folie et de mort, trad. par F. Chambert, A.-M. Métailié, 1985.


José Enrique Rodó (1875 – 1917)
« Soyez les spectateurs attentifs là où vous ne pourrez pas être des acteurs » écrit José Enrique Rodó dans Ariel (1900).


VENEZUELA
État fédéral d’Amérique du Sud
912 050 km2
Habitants : Vénézuéliens
Capitale : Caracas
Langue : espagnol

Rómulo Gallegos (Caracas, 1884 – id., 1969)
Écrivain et homme politique (il fut Président de la République en 1948, renversé par un coup d’État). Ses romans sont une peinture de la société et des paysages de son pays. Dans Doña Barbara, Gallegos décrit la vie des gauchos qui parcourent pendant des mois des contrées sauvages à la suite des troupeaux à marquer ; une saga magistrale où un jeune homme bataille contre une nature hostile et l’indomptable aventurière qu’est la Doña Barbara.

Doña Barbara, trad. par L.-F. Durand, Gallimard, 1951.


Mariano Picón Salas (1901 – 1964)
Au carrefour des trois mondes, trad. par Fortier et Serrat, Casterman, 1964.


Miguel Otero Silva (1908 – 1985)
Et retenez vos larmes, trad. par Fell, Calmann-Levy, 1973.


 

Voir aussi : Nuit blanche, « Roman et science en Amérique latine », Numéro 23, mai-juin 1986.


 

 

Publié le 29 juillet 2003 à 17 h 17 | Mis à jour le 22 janvier 2017 à 12 h 50