Numéro 113

Aki Shimazaki

ZAKURO

Actes sud, Arles/Leméac, Montréal, 2008
151 pages
18,95 $

Le nouveau roman d’Aki Shimazaki, Zakuro, fait suite à Mitsuba, auquel il se rattache, créant ainsi la deuxième pierre d’un édifice qui prendra la forme d’une suite romanesque. Les concordances entre les deux romans sont nombreuses : importance du travail, du lieu de sociabilité qu’est le café ou le restaurant ainsi que de la flore. Si le précédent roman évoquait le trèfle par le nom d’un café où des amoureux se rencontraient pour échapper aux contraintes de l’entreprise qui les employait, le nouveau titre renvoie au grenadier, arbre fruitier qui pousse dans la cour de Tsuyoshi Toda, employé d’une entreprise d’import-export, et qui évoque, pour lui comme pour sa mère souffrant d’Alzheimer, les souvenirs d’un père (et d’un mari) disparu en Russie durant la Seconde Guerre mondiale. Banzô s’était en effet retrouvé en Manchourie avant la guerre avec sa famille, pour y travailler, mais les horreurs du conflit international atteignant la Chine, la famille est dispersée et le père est fait prisonnier par les Soviétiques.

Roman de la filiation, de la mémoire enfouie, de l’histoire à transmettre, Zakuro trouve sa tension dramatique dans la quête familiale pour comprendre le sort de Banzô, tenu captif en Sibérie. L’univers bien balisé de Tsuyoshi va prendre un tournant nouveau lorsqu’il apprendra que son père est toujours vivant, et qu’il possède un restaurant nommé Zakuro.

Le roman, centré sur le point de vue du fils, sait aussi faire valoir d’autres perspectives, notamment par le récit du père, et laisse voir les tensions historiques qui interviennent, durant la décennie 1970, dans les relations entre le Japon et le monde, que ce soit avec l’Union soviétique ou avec les États-Unis. À travers l’histoire d’une famille happée comme toutes par les aléas de la violence, du pouvoir et des passions humaines, Shimazaki décrit avec sa précision et sa distance coutumières la protestation encore dissimulée, mais présente d’un fils en quête de vérité. Satoshi, le petit neveu de Tsuyoshi, est pour le narrateur un interlocuteur privilégié (le roman indique que ce neveu a trois ans, ce qui crée un malaise important parce qu’il est invraisemblable qu’un enfant puisse tenir des propos aussi matures), parce qu’il devient l’interlocuteur rêvé pour sortir du silence. Bref, le deuxième cycle romanesque de Shimazaki s’annonce, malgré quelques faux pas, aussi riche que le premier.

Publié le 14 décembre 2008 à 11 h 11 | Mis à jour le 30 janvier 2015 à 14 h 38