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Marina Tsvetaeva

VIVRE DANS LE FEU

CONFESSIONS

Trad. du russe par Nadine Dubourvieux
Robert Laffont, Paris, 2005
476 pages
36,95 $

Depuis la traduction de poèmes par Elsa Triolet en 1968 et la publication incessante de ses œuvres chez divers éditeurs français, surtout Clémence Hiver, Marina Tsvetaeva n’est plus une inconnue pour le public francophone. Pourtant, en rassemblant les textes qui composent cet ouvrage, Tzvetan Todorov s’est attaqué à une lacune considérable : l’absence d’un volume en français rassemblant les confessions de la poétesse. Toute sa vie, Marina n’a cessé de se confier : dans des lettres à des amis proches ou à des inconnus, dans ses carnets et journaux L’ensemble de ses écrits possède un caractère intimiste, et elle-même a dit que ses poèmes sont un journal intime. Parmi les écrits personnels réunis ici, plusieurs sont révélés pour la première fois au grand jour, la fille de Marina, Ariadna Efron, n’ayant autorisé leur publication qu’en l’an 2000. Il en résulte un livre au contenu exclusif (il n’existe sous cette forme dans aucune autre langue), permettant au lecteur d’aujourd’hui de découvrir les réactions de la poétesse aux événements qui ont assombri et miné les dernières années de sa vie. La lecture est profitable à plusieurs degrés. Vivre dans le feu constitue une excellente entrée en matière pour aborder la poésie « pensante » de Marina. Pour les lecteurs plus familiers, le livre offre un accès privilégié à sa pensée intime, de façon plus complète que les Indices terrestres, inspirés par la révolution bolchevique. Des premiers pas en Russie tsariste jusqu’aux derniers jours dans une URSS menacée par Hitler, ces confessions nous permettent de suivre l’itinéraire poétique et personnel d’une auteure inclassable et impétueuse. L’image du feu s’applique parfaitement à son parcours d’être brûlant et brûlé. Pour composer le recueil, Todorov a rassemblé le dixième des carnets et lettres de Marina publiés en russe. L’ampleur de la tâche se conçoit facilement. Si l’on tient compte de la préface (qui fait plus de quarante pages) et du commentaire qui s’étend sur tout le texte, il n’est pas injustifié de voir en Todorov le co-auteur du volume. Livre événement, Vivre dans le feu restera comme une bouleversante « œuvre de vie » de la part d’un esprit qui, comme l’a noté Véronique Lossky, a « refusé la vie ».

 

Publié le 25 novembre 2005 à 12 h 49 | Mis à jour le 15 février 2015 à 10 h 22