Thomas Pynchon

VICE CACHÉ

Seuil, Paris, 2010
347 pages
34,95 $

Avec J. D. Salinger, Thomas Pynchon est l’autre grand reclus de la littérature américaine. Pour se faire une idée de l’individu, le lecteur doit se contenter de quelques photos datant des années 1950 ou de rares extraits sonores, Pynchon ayant prêté sa voix à son propre personnage (la tête coiffée d’un sac de papier) dans la série animée Les Simpson. Plus récemment, il a assuré la narration d’un clip promotionnel de Penguin Group annonçant la parution de Vice caché dans sa version originale anglaise. C’est donc bien peu et le mystère Pynchon demeure entier.

Polar psychédélique ou roman noir californien, c’est selon, Vice caché se déroule à Gordita Beach, une plage fictive à proximité de Los Angeles. C’est le début des années 1970, pendant que Reagan est gouverneur de Californie et que la « famille Manson » subit son procès. Le protagoniste, Larry Sportello, est un détective privé hippie qui a hérité du surnom de « Doc » après avoir trimballé une trousse rouge en imitation de peau de crocodile. Son ex-petite amie, Shasta, vient solliciter son aide pour retrouver son amant, le milliardaire Mickey Wolfmann, qu’elle croit victime d’enlèvement. Peu après, Doc reçoit la visite d’un dénommé Tariq Khalil, membre d’un gang noir, qui le charge de retracer un ancien camarade de prison, Glen Charlock, qui a agi comme garde du corps pour le même Wolfmann. Ainsi débute une intrigue foisonnante et déjantée, qui entraîne le lecteur dans un vertige narratif que les aficionados de Pynchon connaissent bien.

Comme tous les livres de Pynchon, Vice caché est truffé de références (qu’on peut d’ailleurs suivre sur Internet grâce à « Pynchon Wiki »). Si l’intrigue policière persiste tout au long des 21 chapitres, il s’agit pourtant d’un faux polar, car l’intérêt véritable du livre réside notamment dans les digressions, les rencontres et les évocations de la sous-culture psychédélique. Doc est un antihéros mémorable: grand fumeur de marie-jeanne et de Kool (cigarettes mentholées), il constitue ce que Pynchon nomme, en anglais, un gumsandal (jeu de mots formé à partir de gumshoe ‘ « détective privé » ‘ mais qui se perd en français).

Avec Vice caché, Pynchon signe un roman percutant qui rappelle le ton de Big Lebowski (le film des frères Coen), de Las Vegas Parano d’Hunter S. Thompson ou des récits de Terry Southern et de James Crumley.

Publié le 24 juin 2011 à 17 h 32 | Mis à jour le 7 février 2015 à 8 h 56