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James Hyndman

UNE VIE D’ADULTE

XYZ, Montréal, 2020
154 pages
19,95 $

Quelle plume que celle de ce formidable acteur à la voix envoûtante ! Après Océans (2018), composé de douze soliloques sur la solitude engendrée par l’incommunicabilité entre les êtres, l’auteur publie son deuxième roman, récit qui témoigne de la difficulté d’être au monde, d’avancer sur le chemin sinueux d’une vie d’adulte.

James Hyndman s’y révèle à demi masqué, car il puise des faits dans son journal intime, en ayant soin toutefois de les réorganiser pour créer une impression de fiction et parler de lui avec distance.

N’empêche, c’est de lui-même qu’il parle, révélant une grande sensibilité et une lucidité que seul un virtuose de la langue peut aussi bien rendre. Vingt-sept fragments où le narrateur plonge en eaux profondes pour apporter à la lumière les émotions, actions, doutes et souvenirs d’une psyché tourmentée. « Il en aura fallu des atermoiements pour en arriver là […] », prévient-il dès l’incipit. Issu d’une famille favorisée et cultivée qui l’a amené à vivre dans des pays étrangers dès l’enfance, le narrateur ne garde pas moins le souvenir d’un enfant triste et mal dans sa peau. Il compare sa famille au setter irlandais Flash qui, né pour galoper, a passé sa vie attaché entre deux conifères. Image frappante que ce Flash qui « allait à lui seul […] porter l’ombre familiale ». Puis, à différents âges, jusqu’à la mi-quarantaine, des aveux comme : « l’amour n’est pas pour moi », « [m]on estime de soi chancelante » et des mots révélateurs tels « solitude », « isolement », « inquiétude », « repli », « désarroi » expriment son mal de vivre.

Le très beau poème de Charles Juliet qu’il a choisi comme épigraphe, « L’opulence de la nuit », met le lecteur sur la piste de l’idéalisme : « il y a une marge / entre celui que je suis / et celui que je voudrais être » disent les trois premiers vers. Idéalisme et perfectionnisme, car le narrateur n’est pas homme de demi-mesure, ni comme acteur, ni comme sportif. La volonté acharnée de maîtriser son corps dans l’entraînement physique aux dépens du plaisir et de la santé en est un bon exemple. Toujours réduire la marge entre l’idéal et la réalité. Devenir acteur pour se guérir, soit sortir de l’ombre devenue refuge. Son regard de psychanalyste se porte à l’occasion sur des personnages de théâtre qu’il a interprétés, par exemple Don Juan, pleinement lui-même seulement dans la fuite, éclairant indirectement son propre isolement.

Découvrir l’homme derrière le grand acteur qu’est James Hyndman ne manque pas d’intérêt. Le chemin difficile vers soi, dont témoigne Une vie d’adulte, bien loin du voyeurisme, offre des pistes de réflexion sur soi-même en dépit du caractère singulier, intime, voire subjectif du récit autobiographique. De plus, le style de l’écrivain au regard pénétrant, amoureux des mots et de la phrase rythmée, participe à la qualité littéraire de l’œuvre et contribue pour une bonne part au plaisir de la lecture.

Publié le 22 octobre 2020 à 16 h 34 | Mis à jour le 22 octobre 2020 à 16 h 34