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Numéro 99

David Baldacci

UNE SECONDE D’INATTENTION

Trad. de l'américain par Hélène Prouteau
Belfond, Paris, 2004
405 pages
24,95 $

Le garde du corps dont le client est abattu doit aussitôt se mettre en quête d’un nouvel emploi, surtout si le meurtre élimine un aspirant à la présidence étatsunienne. Quand cette tuile s’abat sur lui, l’agent Sean King tire la bonne conclusion et coupe court à sa carrière policière. Huit ans plus tard, un autre candidat au même poste est enlevé sans que l’agent Michelle Maxwell parvienne à empêcher le rapt. Elle aussi est mise sur la touche. Comme il se doit, les destins des deux « distraits » se croisent et la double enquête se met en branle. Elle sera tortueuse et éprouvante.

David Baldacci recrée avec vraisemblance le climat qui prévaut dans le milieu policier : machisme, paranoïa, cloisonnements multiples, recours au bouc émissaire. Avec la même justesse, il reconnaît aux humains impliqués dans l’institution policière leurs qualités d’acharnement, de rigueur dans l’observation, de courage devant le danger. Comme le veut désormais la littérature policière, David Baldacci veille également à doter ses agents d’une gamme complète de dons athlétiques, de problèmes sentimentaux et de frustrations plus ou moins assumées. Le monde universitaire, avec ses mesquineries et ses ambitions sans limite, en prend également pour son rhume ; les postes les plus prestigieux ne sont pas tous occupés par les meilleurs cerveaux. L’ensemble, assez bien tricoté, tient à la fois du polar et du roman.

L’auteur a pourtant fait courir un risque à la crédibilité de son scénario quand il a mis à contribution, et deux fois plutôt qu’une, la présidence étatsunienne. Certes, la probabilité d’attirer l’intérêt du cinéma progresse ainsi d’un cran, ce que n’oublie jamais un auteur à succès, mais un complot d’une telle ambition cesse forcément de relever d’une poignée d’enquêteurs. Il ne peut que mobiliser le pays entier. On ne voit guère comment deux agents réduits au statut de citoyens frustrés peuvent réussir là où les machines gouvernementales se cassent les dents. Pareil choix rend également peu probable une explication sans lien politique. Heureusement, Baldacci compense cette imprudence par un rythme trépidant, des dialogues crispants, des plongées audacieuses dans les drames familiaux. L’intérêt est soutenu et la lecture prenante.

Publié le 31 mai 2005 à 18 h 58 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 16 h 33