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Robert Filion

UNE SAISON CHEZ CAMILLE LAURIN

CARNET D'UN COMPAGNON DE ROUTE

Isabelle Quentin, Montréal, 2005
253 pages
24,95 $

L’auteur a beau multiplier les précautions et fixer à son bouquin d’humbles objectifs, l’hommage ici rendu à Camille Laurin sonne non pas faux, mais complaisant et, pour tout dire, inutile. Non seulement on ne nous apprend rien sur le personnage politique, mais on contourne à peu près toutes les questions posées par Jean-Claude Picard dans sa biographie du même Camille Laurin. Certes, Robert Filion nous a avertis qu’il ne jouerait pas au biographe, mais l’hommage, genre littéraire légitime et convenu, n’avait pas à devenir aussi allègrement monochrome. Et si, malgré tout, il fallait que l’ouvrage ne localise que des vertus et des mérites, pourquoi la règle ne s’est-elle pas appliquée aussi à Claude Ryan, à Claude Morin et à Gérard D. Lévesque ? À trop encenser Camille Laurin et à ignorer son entêtement et sa vanité, ses ambitions et ses réticences à gérer quoi que ce soit, on s’exposait à n’intéresser que les fidèles ; à multiplier les coups de griffe contre ceux qui s’opposèrent à lui, on adopte un ton polémique qui détonne dans un « tribut floral ». Cela, qui étonne et déçoit, achève de dérouter le lecteur. Pourquoi, en effet, un livre aussi passible de reproches sur les deux versants de la neutralité ? Quand un débutant admis dans l’intimité d’une forte personnalité politique brandit ensuite candidement sa proximité avec le pouvoir, on sourit et on passe à autre chose. Dans le cas de Robert Filion, pareille explication ne tient pas. L’homme a du coffre, de la culture, une large gamme de ressources. Il n’a nul profit à tirer de cette valorisation par procuration. Alors, pourquoi ? Le plus plausible est que l’auteur a voulu s’acquitter d’une dette d’honneur. Il estimait, sans doute à juste titre, devoir beaucoup à Camille Laurin et il n’avait d’autre choix que de le dire. Cela témoigne d’un sens aigu de la reconnaissance, mais cela ne fait pas de la bonne littérature.

Publié le 18 septembre 2005 à 17 h 25 | Mis à jour le 18 septembre 2005 à 17 h 25