Accueil > Commentaires de lecture > Essai > UNE PETITE FIN DU MONDE

Laurent-Michel Vacher

UNE PETITE FIN DU MONDE

CARNET DEVANT LA MORT

Liber, Montréal, 2005
199 pages
19 $

Il est de ces livres que l’on souhaite « faire vivre », prêter à des amis, les faire circuler en raison de la profondeur de leurs réflexions. Cet ouvrage posthume du philosophe montréalais Laurent-Michel Vacher est de ceux-là. On ne peut certes pas rester insensible devant un grand esprit, un homme de culture, passionné d’arts et d’idées, se sachant prochainement vaincu par un cancer, qui puise dans ses dernières énergies pour livrer ses réflexions sur la mort, mais aussi résumer ses principales idées et conceptions philosophiques.

Laurent-Michel Vacher mentionne avoir préconisé toute sa vie le regard lucide sur la réalité. Il n’aura pas, au déclin de sa vie, contourné cette conviction. Sans jamais s’apitoyer sur son sort, et récusant quelque forme de « transcendance » qu’aurait pu amener son état, il écrit : « Se préparer mentalement et affectivement à la mort, mais en l’absence de toute certitude quant à sa forme et à ses circonstances, c’est le plus qu’on puisse tenter, sans recette éprouvée ni résultat assuré ». Loin de se fixer sur ce point ultime donc, il est plutôt d’avis qu’« une personne ne se révèle que dans l’ensemble de sa vie ».

Il réitère quelques-unes de ses idées-forces, merveilleusement bien étayées. Ainsi en est-il du nécessaire rapprochement entre la science et la philosophie. Matérialiste convaincu, il croit à la réalité objective d’un monde extérieur que la connaissance empirique peut appréhender. Celui qui décrit le surnaturel comme un « pur non-sens » réaffirme calmement son athéisme, tout en en appelant à une éthique purement humaine. Selon lui, le monde n’a pas encore atteint un stade dit postmoderne : l’opposition entre la Foi et la Raison « continue à occuper une place centrale dans notre culture ».

Relatant dans une deuxième partie son parcours personnel, ce Français d’origine consacre de merveilleuses pages de réflexion sur le mouvement souverainiste québécois. Indépendantiste des premières heures, il considère le projet souverainiste actuel maintenant dépassé. L’auteur condamne vertement les « mensonges » péquistes. Les succès électoraux du Parti québécois ont paradoxalement contribué à une telle dilution du projet initial de libération qu’il a plongé les francophones dans une ambiguïté perpétuelle, qui a miné la moralité du rêve indépendantiste. Ainsi ces Québécois se disent à la fois souverainistes mais favorables au maintien du Québec au sein du Canada, sans en mesurer tout le contresens.

Le livre se termine par une très intéressante liste des principales œuvres artistiques (livres, musique, peinture) ayant marqué l’auteur. Le cheminement intellectuel d’un véritable passionné.

Publié le 17 juin 2006 à 17 h 15 | Mis à jour le 26 novembre 2014 à 13 h 35