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Agatha Christie

UNE AUTOBIOGRAPHIE

Trad. de l'anglais par Jean-Michel Alamagny
Du Masque, Paris, 2002
672 pages
29,95 $

Il s’agit d’une réédition, l’œuvre posthume étant d’abord parue en 1977 (1980, pour la traduction française), au lendemain de la mort de la romancière survenue en 1976. François Rivière signe la préface et la bibliographie commentée de la traduction française. La rédaction d’Une autobiographie s’est étalée sur quinze ans, de 1950 à 1965, alors que l’écrivaine née en 1890 ressent le besoin d’évoquer ses souvenirs. Soixante-quinze ans de vie revisitée. Ni révélations fracassantes, ni épanchements, ni confessions. La dame d’éducation victorienne entoure de la plus totale discrétion sa vie intime et celle de ses proches. Si elle parle de son divorce avec son premier mari, Archie Christie, qui l’a laissée pour une autre, c’est avec la plus grande dignité.

Elle a donc choisi de se révéler à travers des souvenirs marquants, car, explique-t-elle, « […] nos souvenirs représentent ces moments qui, si insignifiants qu’ils puissent paraître, sont les révélateurs de notre personnalité profonde et de la réalité de ce que nous sommes ». Or les fragments de vie retenus et habilement replacés dans leur contexte nous font voir, outre une femme aux intérêts diversifiés, apparemment douée pour le bonheur, des tableaux d’époque, par exemple, de la bourgeoisie britannique à laquelle appartient Agatha, née Miller ; de certains aspects de la vie quotidienne en Angleterre lors des deux guerres mondiales ; de personnes et de sites fréquentés lors de ses nombreux voyages et séjours à l’étranger, alors qu’elle participe aux travaux de son second mari, l’archéologue Max Mallowan. Bien sûr, il est aussi question de ses romans, comment certains lui sont venus à l’esprit, comment ils ont été reçus, de son théâtre également. Elle avoue avoir eu du mal à se reconnaître écrivaine, car selon elle, ses énigmes ne servent qu’à divertir, et son style n’est pas comparable à celui des écrivains qu’elle admire. Plutôt que de chercher à imiter, elle fait sienne la devise de son enfance : « Sois bon mécanicien si tu ne sais pas conduire le train ». Au soir de sa vie, elle affirme en effet : « [j’ai] appris que je suis moi, que j’arrive à faire les choses […] que ce moi peut faire, mais pas celles que ce moi voudrait faire ». Sans doute est-ce là l’explication des nombreuses réalisations de cette auteure renommée et de la sérénité qui semble avoir imprégné sa vie.

Publié le 19 juin 2003 à 17 h 21 | Mis à jour le 18 décembre 2014 à 11 h 49