Numéro 104

Jean-Jacques Marie

TROTSKY

RÉVOLUTIONNAIRE SANS FRONTIÈRES

Payot, Paris, 2006
622 pages
49,95 $

Personnage très controversé, flamboyant, irréductible, Trotsky, figure dominante de la révolution d’Octobre, incarne avec force l’image du révolutionnaire internationaliste. Mais il fut aussi un marxiste brillant, critique, aux idées à contre-courant au sein du mouvement communiste international. L’apport de ses analyses est manifeste lorsqu’il s’agit de comprendre la révolution russe de 1917 jusqu’au dépérissement de l’expérience soviétique, le fascisme et les conditions politiques qui menèrent à l’éclatement de la Seconde Guerre, et enfin, lorsqu’il aborde les mécanismes et les conséquences du déploiement du marché sur l’ensemble de la planète à l’ère des impérialismes.

Cette biographie, œuvre d’un sympathisant, suit Trotsky pas à pas. Depuis l’idéalisme et la ferveur révolutionnaire qui inspirèrent sa jeunesse, en passant par son intransigeance politique au pouvoir, et l’abnégation ainsi que l’inlassable courage dont il fit preuve dans son combat contre le stalinisme. Ce parcours est donc inséparable de l’expérience soviétique et de son échec marqué par la transformation du parti bolchevik et l’épuisement du processus révolutionnaire. Un parti qu’il allait défendre coûte que coûte jusqu’au moment où il se trouve confronté à l’impensable, mais alors il est trop tard.

Ainsi, Trotsky se situera en porte-à-faux par rapport à son propre parti, progressivement sous l’emprise de ses appareils, organisateurs du nouveau pouvoir dans la société russe. Assumant des postes aux fonctions et aux pouvoirs contestés ainsi que des positions politiques difficiles à défendre, il est partout, au feu, au cœur de l’action. Il met fin à la guerre alors que le Parti est très divisé, il prend ensuite en charge la lutte dans une guerre civile meurtrière, il reconstruit l’État et l’économie. Loin des officines du pouvoir à Moscou, Trotsky accomplit le sale boulot et s’enlise dans un volontarisme politique exacerbé, périlleux et impopulaire. Parallèlement, la misère, la pénurie et la désorganisation persistent, l’écart se consolide entre la société et sa représentation politique. Le stalinisme trouvera dans ces évolutions son terreau. À partir de là, les conditions sociales s’accumulent pour définir le terrain de la nouvelle lutte qui s’imposera à Trotsky jusqu’à sa mort.

En mars 1938, durant les procès de Moscou, en pleine purge stalinienne, Trotsky n’en croit pas ses oreilles en entendant les propos des accusés : « […] il me semble que je rêve et que je délire… » Au cours de ses années d’exil, hors de l’URSS, ses proches tomberont autour de lui ; des membres de sa famille et certains de ses collaborateurs seront assassinés, exécutés. On le pourchasse, le dénonce, le calomnie sans relâche, on lui refuse l’asile ou alors on le bâillonne. Les ramifications du stalinisme lui feront la vie dure partout où il ira, jusqu’à son terrible assassinat, au Mexique, le 20 août 1940.

Publié le 23 septembre 2006 à 13 h 20 | Mis à jour le 23 septembre 2006 à 13 h 20