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Brigitte Dohmen, Corinne Gere, Christiane Mispelaere

TROIS FÉES POUR UN PLAIDOYER

L'ÉLOGE D'UNE NAISSANCE AMOUREUSE ET CONSCIENTE

Amyris, Bruxelles, 2004
270 pages

Une gynécologue-obstétricienne, Corinne Gere, une psychologue formatrice en préparation affective à la naissance, Brigitte Dohmen, et une sage-femme, Christiane Mispelaere, se rencontrent pour parler de la grossesse, de l’accouchement et des suites des couches dans l’horizon d’une approche intuitive prenant en compte l’inconscient et le désir d’enfant, un temps de maturation et d’inscription filiale fort différent de la jouissance instantanée à laquelle nous sommes soumis par la machine néo-libérale dominant aujourd’hui l’industrie médicale. Il s’agit pour elles de « dépathologiser » la grossesse et de soutenir la naissance naturelle. En ce sens, mais d’une manière personnelle, elles s’inscrivent dans le vaste courant de la naissance sans violence ouvert par Frédéric Leboyer et suivi par des femmes et des hommes comme Catherine Bergeret-Amselek, Michel Odent, Isabelle Brabant, Muriel Bonnet del Valle, et bien d’autres que la médecine, dans sa terreur, tente de ridiculiser.

En fait, deux visions s’affrontent. L’une – celle de la technomédecine – conçoit la grossesse comme une situation à risque et l’accouchement comme l’extraction du fStus du ventre maternel. L’autre – celle qui favorise une préparation affective à la naissance – prend en compte la grossesse, la naissance et ses suites comme des processus de transformations physiologiques et psychiques normaux redéfinissant la vie de la mère, du père et de l’enfant. Moins on perturbe cet équilibre, moins on prend le pouvoir sur les acteurs, mieux chacun s’en porte. Et en ce qui a trait aux fécondations assistées, n’est-ce pas d’abord ce qui est en jeu dans le désir d’enfant et dans la transmission psychique qu’il faut interroger en respectant le temps de la maturation, de la pensée et du corps ?

Sait-on assez que la très grande majorité des échographies sont prises inutilement ou mieux, pour protéger les intervenants ? Pour la très grande majorité étrangers à l’angoisse provoquée par des examens exécutés de manière déshumanisante, les gynécologues-obstétriciens excluent la mère et l’enfant de leur processus et s’arrogent un pouvoir démesuré sur leur corps en recourant au déclenchement de l’accouchement par perfusion, à la péridurale, aux forceps ou aux césariennes. Il est vrai que l’instrumentalisation de la naissance constitue une appréciable source de revenus facilement gagnés. Reste que ce livre facile d’accès opte pour faire confiance aux compétences de la mère, du père et de l’enfant. Sauf exception, celui-ci sait naître.

Publié le 15 octobre 2004 à 14 h 52 | Mis à jour le 21 octobre 2014 à 12 h 07