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Rose-Aimée Automne T. Morin

TON ABSENCE M’APPARTIENT

Stanké, Montréal, 2019
144 pages
22,95 $

Que des histoires tristes et traumatisantes, et derrière le mur des compassions, l’humain, victime et résilient, brisé et heureux. À chacun son drame, ses défis : à chacun ses façons de survivre. Ici, le seul moyen d’échapper au pire est de se reconstruire, se reproduire.

Le premier livre de Rose-Aimée Automne T. Morin se situe entre l’essai sur la résilience, l’autobiographie et des faits vécus par des personnages déchirés. L’auteure raconte son histoire et tend l’oreille à six personnes qui témoignent de l’indicible, du plus laid. L’exercice est parfait : examen de conscience réussi et mise en perspective de sa propre vie, autant pour elle-même que pour le lecteur. Côtoyer intimement de petites morts éparses fait progresser Rose-Aimée dans la gestion de sentiments liés à son enfance. Elle chemine, comme ceux qu’elle a rencontrés ont cheminé vers l’acceptation ou le déni assumé du bagage, ou plutôt du boulet qu’ils traînent. Ton absence m’appartient, un autre ouvrage qui traite de la quête du bonheur à la sauce psycho-pop ? Pas vraiment. Plutôt une prise de conscience pertinente et authentique, des témoignages sages qui s’invitent dans les coulisses de l’âme, à cœur ouvert sur votre table de chevet.

Le personnage de Rose-Aimée a grandi en avalant des couleuvres et s’est fait imposer une personnalité. Devenue adulte, elle souhaite se dénaturer pour reprendre le contrôle de son identité. Thimalay a été déracinée, abandonnée, agressée sexuellement. Elle a apprivoisé le vide laissé par les blessures et construit sa nouvelle identité autour de la maternité. La vie de Marilyn a aussi été engloutie par l’injustice et la colère provoquées par des expériences secrètes menées sur sa sœur par le gouvernement. Les voleurs d’enfance à cravate ont détruit sa vie de famille et ont modulé le cours de son histoire. Et il y a ces autres qui gravitent autour de Rose-Aimée. Tous de grands brûlés renaissant de leurs cendres. C’est beau et c’est laid.

Un livre perturbant parce que vrai. Des récits captivants parce que intimistes, presque voyeurs.

Publié le 4 mai 2020 à 16 h 38 | Mis à jour le 4 mai 2020 à 16 h 38