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Numéro 90

Roland Arpin

TERRITOIRES CULTURELS

Bellarmin, Montréal, 2002
299 pages
19,95 $

Ceux et celles qui suivent les débats entourant la culture au Québec ont sûrement pris connaissance des travaux de Roland Arpin. D’abord enseignant, puis tour à tour directeur général de Cégep, sous-ministre adjoint à l’éducation et directeur du Musée de la civilisation de Québec, ce grand commis de l’État est entre autres choses connu pour avoir présidé deux groupes-conseils, en 1991 et en 2000. Ce livre-ci constitue en quelque sorte la synthèse des réflexions l’ayant conduit à développer son « option culture », laquelle vise plutôt l’être du collectif que ses manières de faire, et veut faire de l’économie libérale un outil du collectif et non son mode d’exploitation.

Quatre valeurs cardinales – et, disons-le, philosophiques – assoient la perspective de la culture soutenue par Roland Arpin : le vrai, le beau, le bien moral et le sacré. La première et la seconde fondent respectivement la vie scientifique et la vie artistique, les deux dernières, l’éthique et la vie religieuse.

Avec un tel menu (qui promettait des plats aussi substantiels que l’éco-citoyenneté, le métissage, le partage des richesses, le clonage humain et plusieurs autres), je m’attendais à me régaler. Or, les plats sont assez peu relevés et la table, aussitôt dressée, est rapidement débarrassée par le serveur. Roland Arpin pose par exemple la question benjaminienne du rapport entre le capitalisme moderne et la démocratie en s’appuyant avec bonheur sur des exemples aussi divers que l’exposition Van Gogh tenue à Amsterdam en 1990, le Cirque du Soleil, Batman et Passe-Partout. Mais en bon gestionnaire, il ménage les susceptibilités. Tout en pointant le tort fait à la culture par le marketing (lorsqu’elle est aliénée aux crédits privés), il défend l’idée qu’il faut lier celui-ci à celle-là, quitte « à faire du marketing culturel un art ». Voilà une position molle consacrant l’annexion sans discussion (ce qu’on appelle la fusion-acquisition) des territoires culturels par les spécialistes de l’ingénierie entrepreneurielle. Pour un peu, on tomberait dans la bêtise, comme lorsqu’un des chantres de notre industrie du rire, Guy A. Lepage, affirme que Benoît Brière transcende Bell et Claude Meunier Coca-Cola !

Heureusement, Roland Arpin ne donne jamais dans de tels bourbiers. L’administrateur public se révèle grand humaniste. De son livre malheureusement sans idées, je retiendrai toutefois cette belle définition de la culture, qui exprime l’essentiel : « La culture est la pratique active de la liberté humaine ». Un tel parti pris suppose que science et technique fassent partie intégrante de ladite culture au même titre que les autres arts et que la foi.

Publié le 7 août 2003 à 10 h 48 | Mis à jour le 7 août 2003 à 10 h 48