TANGO TATOUAGE

Jean Perron

TANGO TATOUAGE

David, Ottawa, 2015
145 pages
21,95 $

Jusqu’où peut-on varier une recette ? Jean Perron avait trouvé un filon avec Les fiancés du 29 février (XYZ, 2009) : une ville (dans ce cas, Venise), une intrigue plus ou moins policière mâtinée d’une histoire d’amour, un narrateur cinéaste et poète – un peu à l’image de l’auteur– et une forme qui tient à la fois du roman et de la nouvelle. Il avait nourri ce filon avec Visions de Macao (XYZ, 2011) et il récidive avec Tango tatouage. À Buenos Aires, on retrouve Ninon Destouches, l’ex-maîtresse que vient secourir le narrateur, Luis, un autre ex de Ninon, plutôt jaloux et brutal, et Henri, un homme énigmatique et sympathique.

Dans le train qui le ramène à l’aéroport, le narrateur se remémore son séjour à Buenos Aires. Il s’y est rendu à la demande de Ninon, avec qui il a eu une relation amoureuse aussi courte qu’intense à l’occasion d’un voyage au Cap-Vert. L’auteure-compositrice-interprète Ninon a été victime de l’utilisation abusive et malsaine d’une vidéo tournée durant un de ses spectacles. Elle s’est tournée vers le narrateur (dont on ne saura pas le nom) pour la sortir du pétrin.

La chanson de la vidéo raconte l’histoire d’une jeune femme qui vit une grossesse non désirée et qui décide de se faire avorter. Une voix s’ajoute à la trame initiale, qui associe Ninon à Louis-Ferdinand Céline, Destouches de son vrai nom, et au passé nazi de celui-ci. Qui plus est, du côté maternel, Ninon serait la petite-fille d’un médecin allemand nazi qui se serait réfugié en Argentine. Or les parents et les grands-parents de Ninon, désormais morts, ont toujours tu le passé de la famille. Cette trame qui aurait pu donner naissance à un véritable drame est esquissée plutôt que développée. Tout comme d’ailleurs la carrière de Ninon et les sentiments que le narrateur et elle éprouvent l’un pour l’autre. Une autre piste intéressante, mais à peine abordée, tourne autour d’Henri, un autre personnage au passé trouble. Sans oublier les rapports de tout ce beau monde avec les autres Argentins et la ville de Buenos Aires.

Perron a une bonne plume : si l’intrigue est mince, les personnages sont bien campés et les lieux bien évoqués. Mais tout ceci souffre d’être entre nouvelle et roman. Trop d’éléments pour l’un, pas assez pour l’autre.

Publié le 9 juillet 2015 à 15 h 52 | Mis à jour le 9 juillet 2015 à 15 h 52