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Mbépongo Dédy Bilamba, Rachel Mwanza

SURVIVRE POUR VOIR CE JOUR

Michalon, Paris, 2014
185 pages
22,95 $

C’est vraiment une histoire incroyable que nous relate dans ce livre la Congolaise Rachel Mwanza, la jeune vedette du film québécois Rebelle du cinéaste Kim Nguyen : celle d’une enfant de la rue, une shegué, comme on dit là-bas, renvoyée de son foyer sous la pression de sa grand-mère dominée par des croyances malsaines de sorcellerie, qui croit sa petite-fille possédée par le Malin.

Au début, c’est pourtant pour Rachel une belle histoire. Elle a la vie sans souci d’une enfant de Mbuji-Mayi, une petite communauté à 1000 kilomètres de la capitale, jouant avec ses amis, profitant des grands espaces. Mais son destin prend un mauvais tournant quand la relation entre ses parents se dégrade, ce qui amène la famille de six enfants à quitter son village pour Kinshasa, sans le père, mais avec la grand-mère maternelle. Rachel, la troisième de la fratrie, y atterrit à neuf ans.

À Kin, comme est nommée la mégapole invivable de la République démocratique du Congo (RDC), la famille échoue dans un petit logis misérable, survivant laborieusement, au jour le jour, et c’est « la fin de l’insouciance », comme le dit Rachel. Elle ne va plus à l’école, elle a faim, voit sa mère s’absenter pour de longs séjours afin de subvenir ailleurs aux besoins de la famille. La mère s’exile même hors du pays, en Angola, et Rachel, très attachée à elle, n’aura ensuite plus de ses nouvelles.

Comme les malheurs dus à la pauvreté extrême accablent la famille, la grand-mère voit Rachel comme la source de ses tourments, comme une sorcière qu’il faut chasser. Rachel se retrouve donc à la rue, bannie de la communauté. « Pire qu’un voleur de marché ou un politicien corrompu, dans la société kinoise, la personne accusée de sorcellerie concentre toute la haine d’un peuple accablé. »

De fil en aiguille, Rachel arrive néanmoins à s’en sortir un peu, notamment en jouant dans un documentaire belge sur les enfants de la rue à Kinshasa. Ce rôle lui ouvre ensuite les portes pour une audition qui changera, radicalement, sa vie. Le cinéaste québécois Kim Nguyen et son équipe sont en ville pour une fiction relatant le vécu d’une enfant de la rue, qui sera forcée par des milices de tuer ses parents, mais qui tombera aussi amoureuse d’un jeune garçon de son âge. Elle passe une audition. Son émotion crève l’écran. Elle est sélectionnée, sur-le-champ.

Le reste est un conte digne de Walt Disney. Non seulement le film connaît un succès fulgurant, mais la jeune Rachel est primée au Festival international du film de Berlin, en plus d’être en lice pour un prix aux Oscars, à Los Angeles, où elle se rend. S’ensuivent des séjours comme vedette de cinéma à Montréal, Toronto, Paris… Puis une fondation à son nom, pour venir en aide aux enfants de la rue en RDC. Trop beau pour être vrai, mais vrai quand même. Émouvant.

Publié le 29 octobre 2014 à 9 h 30 | Mis à jour le 4 novembre 2014 à 13 h 06