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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Un homme s’enlève la vie. La narratrice, Carolanne, doit par conséquent composer avec la perte tragique de celui qu’elle aimait. Que lui reste-t-il ? Un ultime message vocal sauvegardé, une publication annonciatrice sur les réseaux sociaux, quelques signes avant-coureurs qui reviennent en flashbacks.

Tout paraît alors confus et incertain, sinon le fait que le chemin vers la guérison, voire la rédemption, sera éprouvant : « il me semble que la tristesse me vole la couverte dans le lit / elle est cassée ma couverture / comment réparer ça », se demande-t-elle. Afin de combattre son mal-être, on lui prescrit de l’accompagnement psychologique. Plus tard, c’est en s’évadant de la ville ou en allant à la rencontre d’autres hommes qu’elle essaye d’oublier, de remplacer celui qui s’est laissé sombrer. Malheureusement, ces solutions offertes ne semblent mener que vers des abîmes où la lumière ne pénètre que faiblement.

Submersible affiche une évidente dimension narrative. En fait, le recueil parvient à réellement déployer sa puissance par sa faculté à raconter des anecdotes, à décrire des épisodes, souvent très simplement, mais toujours avec une grande justesse, avec un souci d’ancrer la poésie dans le concret de la réalité. Les visites chez la psy, les déambulations urbaines, les escapades en nature, les rencontres sociales de la protagoniste ont toutes en commun de « faire vrai ». Il y a une lucidité poignante dans cette écriture où se confrontent une intériorité tourmentée et un monde extérieur insensible à la détresse. Un autre élément qui sert à merveille le récit est l’usage de la répétition. Nombreux sont les vers et les séquences qui reviennent par intermittence, ce statut Facebook, par exemple, leitmotiv qui ne cesse de surgir afin de souligner un discours intérieur constamment obsédé par des pensées récurrentes : « j’aime la vie j’aime juste pas la mienne ». Continuellement, on y perçoit cette sensation de tourner en rond, d’être étourdi par des réflexions qui ne sont que des variations sur un même thème.

Usant d’une écriture qui tire sa force de sa manière d’exprimer les choses avec un registre collé sur la langue orale, l’auteure plonge dans une introspection qui privilégie une poésie du quotidien. Aussi le ton employé, frôlant l’humour noir par endroits, dépeint des situations liées au deuil avec une sorte de perspicacité désabusée. Derrière le drame, émerge souvent un détail qui vient souligner le triste ridicule d’une scène, aussi désespérante soit-elle. « [C]’est des choses qu’on fait juste / en plein milieu de la nuit / ça dort le jour on dirait / les urgences / les meurtriers / les gens qui essayent de se tuer. »

En somme, avec ce deuxième livre chez Ta Mère, Carolanne Foucher propose une sorte de plongée douce-amère au cœur des dommages collatéraux liés au suicide d’un proche.

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