Numéro 103

Sri Aurobindo

SAVITRI

UNE LÉGENDE ET UN SYMBOLE

Trad. de l'anglais par Guy Lafond
Christian Feuillette, Montréal, 2005
729 pages
44,95 $

Début du quatrième chant de cette légende védique : « Un monde agité, trépidant, incertain / Né de cette rencontre bouleversante et de cette éclipse / Apparut dans le vide que la Vie foulait / Monde de vive obscurité et de confuses aspirations ». Je ne me livrerai pas au jeu des adeptes de Nostradamus pour insister sur l’actualité de ces vers à notre époque. Ce sera là prêter à cet immense poème épique un projet prophétique qu’il n’a pas. Ce qu’il recèle en revanche, c’est l’intense présence aux événements du monde de tous les grands textes de l’humanité.

Voici donc, dans une nouvelle et résonante traduction par Guy Lafond, poète, pianiste et instructeur de yoga, le chef-d’œuvre spirituel de Sri Aurobindo. Les 12 livres de cet ouvrage comptant quelque 24 000 vers racontent une légende du Mahabharata, à savoir celle de l’amour de Satyavan et Savitri. Au premier plan, une allégorie : alors que Satyavan représente l’âme de la vérité d’être happée par la mort et le mal, Savitri, Verbe Divin, fille du Soleil et déesse de la Vérité suprême, vient parmi nous pour réaliser la rédemption. Mais au cœur de cette dimension narrative se dévoile peu à peu, comme dans tous les grands récits initiatiques, une autre dimension, plus subtile et qui agite les grandes forces du monde de la vie et de la mort. C’est pourquoi les personnages (il y a aussi Aswapathy, le père humain de Savitri, et Dyumatsena, le père de Satyavan) sont bien davantage que simple chair de papier puisque s’entend, au-delà de leur corps vibratoire, la musique des sphères, fils conduisant à l’immortalité. Voilà pourquoi je conseille de lire à voix haute cet extraordinaire poème.

Or, non seulement l’œuvre de Guy Lafond donne-t-elle accès à la sagesse de Sri Aurobindo, mais elle permet de relire ses recueils. C’est ainsi que j’ai à nouveau traversé « La Nuit émeraude » et que j’ai enfin entendu comment l’on survit « sans blessures à l’emprise de la Nuit ». Vient un jour où, ayant accepté de quitter la permanence, se déploie « le formidable Vaste sans forme ». Innombrables sont les jours et les nuits nécessaires pour célébrer les cycles. Que commence, substantielle, essentielle, votre lecture, votre épreuve, votre méditation.

Publié le 7 juin 2006 à 17 h 49 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 15 h 02