Chrystine Brouillet

SANS PARDON

La courte échelle, Montréal, 2006
368 pages
29,95 $

Dans Sans pardon, Chrystine Brouillet explore cette fois les failles du système des libérations conditionnelles, ou plus spécifiquement le pardon que la société civile doit accorder ou non aux criminels récidivistes. Ça n’est pas le moindre intérêt du roman que d’aborder une question que tout un chacun se pose devant son poste de télévision quand une nouvelle affaire de récidive est relatée. Chacun de nous se retrouvera donc dans ce récit. Chacun de nous retrouvera aussi, non sans plaisir, la détective Maud Graham accompagnée de son chat Léo, « toujours heureux d’avoir sa maîtresse pour lui seul ».

L’intrigue commence par l’exposé de faits sordides : Thomas Lapointe a perdu sa sœur, violée et assassinée par un détenu en liberté conditionnelle. Il ne décolère pas, ne peut tolérer l’intolérable, il est sans pardon, comme contraint de commettre l’irréparable pour alléger sa douleur : exercer sa vengeance. Mais Thomas est policier. « Lapointe est obsédé par la présence de tous ces prédateurs sexuels qui vivent, travaillent, s’amusent à Montréal […]. On ne doit pas deviner à quel point le souvenir de Mélanie le hante. » Et Thomas sera mêlé aux enquêtes qui suivent l’assassinat de plusieurs notables. Mais y est-il mêlé, aussi, pour d’autres raisons ?

Le tour de force de Chrystine Brouillet, dans Sans pardon, est de ne s’être pas muée en moraliste ou en essayiste sur un problème de société qui éveille toutes les consciences, mais d’être restée nuancée en permettant ainsi au lecteur d’user de son libre arbitre. Certains passages sont insoutenables, d’autres sont plus informatifs, certains, encore, plus légers : le lecteur de Québec appréciera singulièrement les descriptions de la ville ou les références de certains restaurants qu’en gastronome Chrystine Brouillet cite volontiers, parsemant son récit de quelques réflexions savoureuses : « Ça sent meilleur que ça goûte, la camomille, déclara Grégoire. Pour les fromages, c’est l’inverse ».

En dépit de sa gravité, ce roman bien construit, bien écrit, bien documenté, procurera un grand plaisir au lecteur. On ne peut donc que souhaiter longue vie à ce bon vieux Léo, auquel on s’attache aussi sûrement qu’à sa détective de maîtresse…

Publié le 26 novembre 2006 à 21 h 15 | Mis à jour le 26 novembre 2006 à 21 h 15