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Amélie Nothomb

ROBERT DES NOMS PROPRES

Albin Michel, Paris, 2002
171 pages
24,95 $

Disons-le tout de go : Amélie Nothomb nous avait habitués à mieux. Son dernier roman, publié pour la rentrée littéraire d’une année palindrome, a toutes les apparences d’un travail un peu bâclé, conclu à la hâte pour des raisons qui n’auraient pas grand chose à voir avec la littérature. C’est dommage. L’auteure prolifique, qui ne semble pas avoir perdu son imagination fertile, a néanmoins quelque peu sacrifié son style sur l’autel de l’édition commerciale. Il ne faut pas plus de deux heures pour terminer la lecture de Robert des noms propres qui paraît pourtant bien longue à la mi-temps. Pourtant, le début, comme toujours « abracadabrantesque », était très prometteur : Plectrude (c’est le nom farfelu mais tout ce qu’il y a de plus gothique de l’héroïne), née d’une jeune mère foldingue qui bute littéralement son géniteur avant de se pendre haut et court en prison, est captée comme un héritage par sa tante qui verra en elle une enfant hors normes, future danseuse étoile ­ rien de moins ! Amélie Nothomb brocarde les tièdes, les tenants de la suffisance, le narcissisme calculateur de la parentèle, l’univers aux relents concentrationnaires de la danse classique, ou encore la servilité benoîte de la « plèbe » ! Féroce et cynique à souhait.

Hélas, le destin de Plectrude, aussi sûrement que le récit, s’essouffle très vite. En des pages où les coquilles se multiplient en même temps que se déploie une intrigue somme toute prévisible, Amélie Nothomb a tôt fait de nous mener vers une chute à laquelle la quatrième de couverture avait déjà préparé les lecteurs : « Pour un écrivain, il n’est pas de plus grande tentation que d’écrire la biographie de son assassin ».

L’imagination semble intacte mais le style, cette fois négligé, déçoit les habitués. Les critiques ont été nombreux à vilipender la jeune dame en noir et l’un d’eux a même menacé, si le prochain roman n’est pas meilleur, d’aller cracher sur Nothomb La formule, splendide, est tout de même excessive : espérons simplement que la prochaine cuvée Nothomb sera un plus grand millésime.

Publié le 5 août 2003 à 10 h 14 | Mis à jour le 5 août 2003 à 10 h 14